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Économie

Les combats que l'économie sociale et solidaire devra mener en 2027

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 29 j

L’ESS est prise en étau entre les restrictions budgétaires et la crise qui complique son travail. Mais elle demeure un vivier de coopération, d’innovation et une source de solutions qu’il faut soutenir..

ESS : un rôle clé

L’économie sociale et solidaire (ESS) joue un rôle central dans la promotion de la démocratie et de la cohésion sociale. Depuis 2023, les Nations unies la reconnaissent comme un levier pour atteindre les Objectifs de développement durable. Son importance est illustrée par des exemples comme le Brésil et la Corée du Sud, où des régimes autoritaires ont tenté de démanteler ses politiques progressistes avant de les réhabiliter sous la pression citoyenne. Historiquement, l’ESS s’inscrit dans la lignée des travaux d’Alexis de Tocqueville au XIXe siècle, qui soulignait le rôle des associations dans le fonctionnement démocratique des sociétés. Aujourd’hui, elle est en première ligne face aux attaques contre les libertés et les droits sociaux.

Reculs budgétaires alarmants

Les soutiens publics à l’ESS et aux associations en France ont fortement diminué, passant de 11,7 milliards d’euros en 2023 à seulement 7,5 milliards en 2026. Cette baisse s’accompagne de coupes budgétaires ciblées : le budget de la jeunesse et de la vie associative a été réduit d’un quart, l’aide publique au développement a perdu 700 millions d’euros, et des dispositifs comme le soutien aux tiers-lieux ont été supprimés. Ces mesures d’austérité ont des conséquences directes : 12 305 emplois associatifs ont été détruits en 2025, et les participations bénévoles dans les secteurs humanitaire, social et de la santé ont également diminué. Ces reculs fragilisent la cohésion sociale et territoriale du pays.

Menaces sur les libertés

L’ESS est confrontée à des restrictions croissantes de ses libertés, notamment en matière d’expression. L’Observatoire des libertés associatives recense des sanctions institutionnelles, matérielles ou symboliques contre des associations qui prennent position sur des sujets comme les droits des femmes, les droits humains, l’accueil des migrants ou l’environnement. Ces pressions émanent parfois de municipalités d’extrême droite, qui adoptent des mesures hostiles envers ces associations. Ces atteintes ne concernent pas seulement le financement, mais aussi la capacité des acteurs de l’ESS à défendre leurs missions et leurs valeurs.

Cinq priorités pour l’ESS

Pour relever ces défis, l’ESS doit se concentrer sur cinq combats prioritaires. D’abord, elle doit rappeler que les subventions aux associations sont justifiées par un intérêt général, comme le stipule la loi ESS de 2014. Cela implique de pérenniser leur financement via une loi de programmation pluriannuelle et des comités mixtes. Ensuite, elle doit corriger les inégalités de traitement, comme la suppression de la taxe sur les salaires qui pénalise l’emploi associatif ou l’exclusion des associations de l’accès au crédit d’impôt recherche. Un autre enjeu majeur est la lutte contre le chômage, notamment en pérennisant et en étendant les expérimentations de territoires zéro chômeur de longue durée.

Stratégies autonomes et coopérations

L’ESS ne peut compter uniquement sur les pouvoirs publics. Elle doit développer ses propres stratégies économiques, comme les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), qui permettent de mutualiser les ressources entre acteurs locaux. Les grands comptes de l’ESS, tels que les banques coopératives ou les mutuelles, peuvent mobiliser des outils comme le mécénat ou les partenariats pour renforcer leur autonomie. Par ailleurs, l’ESS doit renforcer ses coopérations, tant en interne qu’avec les pouvoirs publics et les entreprises privées engagées dans une démarche de responsabilité sociale. Ces alliances pourraient renforcer la souveraineté productive du pays en créant des emplois non délocalisables.

Ce que ça pourrait changer

L’ESS porte un projet de démocratisation de la société à tous les niveaux. À l’école, elle peut promouvoir des *pédagogies alternatives* et des initiatives collectives, tandis que dans les entreprises, elle défend des modèles coopératifs favorisant l’émancipation des salariés. Enfin, elle doit défendre les libertés associatives, notamment en abrogeant le *contrat d’engagement républicain*, qui limite la liberté d’expression des associations. L’objectif est de restaurer la confiance envers les mouvements citoyens en cessant de traiter leurs revendications par la répression. Des modèles comme celui du journal *Alternatives Économiques* montrent comment l’ESS peut préserver l’indépendance de la presse.

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