« Ça bouchonne dans les montées » : le Mont-Blanc face à la surfréquentation
[Le renouveau de la rando 3/4] Le Tour du Mont-Blanc connaît une fréquentation record, avec 75 000 randonneurs l'été dernier. Les règles de bivouac ont donc été durcies et les maires réfléchissent à des mesures pour protéger les sentiers et la faune.
Le massif du Mont-Blanc, situé à la frontière entre la France, l’Italie et la Suisse, subit une surfréquentation croissante. Ce terme désigne une affluence excessive de visiteurs, dépassant la capacité d’accueil des sites naturels ou des infrastructures. En 2023, le nombre de randonneurs et d’alpinistes a atteint des niveaux records, avec plus de 30 000 personnes ayant tenté l’ascension du sommet en une saison. Cette affluence pose des défis majeurs pour la préservation de l’écosystème fragile de la montagne, déjà menacé par le réchauffement climatique. Les sentiers, les refuges et les zones de stationnement sont saturés, entraînant des embouteillages humains et des risques accrus pour les visiteurs et l’environnement.
Plusieurs facteurs expliquent cette surfréquentation. D’abord, l’accessibilité accrue du Mont-Blanc grâce à des infrastructures comme le tramway du Montenvers ou les remontées mécaniques, qui facilitent l’accès aux zones d’altitude. Ensuite, l’engouement pour les activités outdoor, amplifié par les réseaux sociaux et les tendances du tourisme durable, attire un public toujours plus large. Enfin, la pandémie de Covid-19 a redirigé une partie des flux touristiques vers les destinations naturelles, comme les montagnes, perçues comme plus sûres. Ces éléments combinés ont conduit à une hausse de 20 % du nombre de visiteurs depuis 2019, selon les autorités locales.
La surfréquentation a des conséquences directes sur l’environnement du Mont-Blanc. Les sentiers, notamment ceux menant au refuge du Goûter, subissent une érosion accélérée en raison du piétinement constant, ce qui dégrade les sols et menace la végétation alpine. Les déchets abandonnés par les randonneurs polluent les zones naturelles, tandis que le bruit et la présence humaine perturbent la faune locale, comme les chamois ou les marmottes. Par ailleurs, la fonte des glaciers, accélérée par le changement climatique, aggrave les risques d’éboulements et de chutes de pierres, rendant les ascensions encore plus dangereuses. Les autorités estiment que 10 % des déchets retrouvés dans le massif proviennent des visiteurs.
L’affluence excessive augmente les dangers pour les alpinistes, qu’ils soient expérimentés ou novices. Les files d’attente sur les passages techniques, comme la Voie normale (l’itinéraire le plus fréquenté pour atteindre le sommet), exposent les randonneurs à des risques accrus de chute ou d’hypothermie en cas de retard. Les refuges, comme celui du Goûter, sont souvent complets, forçant les alpinistes à bivouaquer en extérieur, une pratique interdite et dangereuse en haute altitude. En 2022, les secours en montagne ont enregistré une hausse de 15 % des interventions liées à des accidents ou des situations de détresse, en partie attribuée à la surpopulation.
Face à cette situation, plusieurs mesures sont à l’étude ou déjà mises en place pour réguler la fréquentation. Les autorités locales, en collaboration avec des associations environnementales comme Mont-Blanc Nature, proposent de limiter le nombre de places dans les refuges ou d’instaurer des quotas de visiteurs par jour. Une autre piste est la diversification des itinéraires pour répartir la pression touristique, en développant des alternatives moins fréquentées. Enfin, des campagnes de sensibilisation visent à éduquer les visiteurs sur les bonnes pratiques, comme le respect des sentiers balisés ou l’emport des déchets. Ces initiatives s’inscrivent dans un plan plus large de gestion durable du massif, soutenu par des financements européens.
Ces solutions ne font pas l’unanimité. Certains acteurs locaux, comme les professionnels du tourisme ou les offices de montagne, craignent qu’une régulation trop stricte ne décourage les visiteurs et n’impacte l’économie de la région. En 2023, le secteur touristique du Mont-Blanc générait environ 500 millions d’euros de revenus annuels, selon la Chambre de commerce de Haute-Savoie. D’autres, comme les écologistes, estiment que ces mesures ne vont pas assez loin et réclament une interdiction totale de l’accès au sommet pour les randonneurs non accompagnés de guides. Le débat oppose ainsi préservation de l’environnement et enjeux économiques, un équilibre difficile à trouver.

