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Les papes et la France : Rome et Avignon, chacun cherche son pape

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 h

Dans la première moitié du 14ᵉ siècle, les papes s’installent progressivement à Avignon, possession des comtes de Provence. Ambassades, lettres, rencontres officielles… Les papes d’Avignon entretiennent un lien fort avec les rois de France.

Crise et départ de Rome

En 1309, le pape Clément V quitte Rome pour Avignon, une ville alors sous l’autorité des comtes de Provence. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions majeures entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Les désaccords portent notamment sur des questions fiscales et juridiques, comme la volonté du roi de taxer le clergé français. Parallèlement, la papauté romaine est fragilisée par des conflits internes avec des familles baronniales puissantes, comme les Colonna et les Orsini. Clément V, menacé et en quête de stabilité, choisit de s’installer progressivement à Avignon, une ville plus sûre et mieux contrôlée par ses alliés. Ce départ marque le début d’une période où la papauté va s’ancrer en France, loin de son siège historique.

Avignon, nouvelle capitale

Dès 1316, le pape Jean XXII s’installe définitivement dans le palais de l’évêque d’Avignon, marquant le début d’une cour pontificale permanente. Ses successeurs, Benoît XII et Clément VI, transforment cette résidence en un vaste ensemble architectural : le Palais des Papes, construit à partir de 1336. Ce palais devient le cœur d’une cour prestigieuse, attirant artistes, intellectuels et musiciens de toute l’Europe. La cour d’Avignon rivalise alors avec les plus grandes cours royales, comme celle de France. Les papes y développent une administration sophistiquée, avec des échanges constants avec les rois de France, notamment par l’envoi d’ambassadeurs et de lettres pour discuter de sujets variés, comme la fiscalité ou la nomination des évêques.

Alliance avec la France

L’installation des papes à Avignon renforce les liens avec le royaume de France. Les deux souverains, pape et roi, entretiennent une correspondance régulière et échangent des émissaires pour régler des questions politiques ou religieuses. Bien que les rencontres directes soient rares, les papes d’Avignon jouent un rôle diplomatique important, notamment pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453). En tant que vicaire du Christ, ils se considèrent comme garants de la paix et interviennent pour arbitrer les conflits entre la France et l’Angleterre. Leur influence reste cependant limitée à des actions diplomatiques, sans implication militaire. Cette alliance permet aux papes de maintenir leur souveraineté face aux pressions extérieures.

Retour à Rome et schisme

En 1376, le pape Grégoire XI décide de retourner à Rome, sur les conseils de Catherine de Sienne, une figure mystique influente. Il meurt en 1378 dans la ville éternelle. Cependant, son successeur, Urbain VI, élu à Rome, est contesté par une partie des cardinaux, qui élisent alors un antipape, Clément VII, installé à Avignon. Cette division, appelée le Grand Schisme d’Occident, dure près de quarante ans (1378-1417). Pendant cette période, les rois de France soutiennent financièrement et militairement les papes d’Avignon contre ceux de Rome. Le schisme ne prend fin qu’au début du 15ᵉ siècle, avec la tenue du concile de Constance (1414-1418), qui réunit les différentes factions et rétablit l’unité de la papauté.

Ce que ça pourrait changer

La période avignonnaise (1309-1378) marque un tournant dans l’histoire de la papauté. Les papes y développent une administration centralisée, avec des techniques documentaires avancées pour l’époque. Leur cour devient un centre culturel et intellectuel majeur en Europe, attirant des personnalités comme le poète **Pétrarque**. Cependant, leur éloignement de Rome et les divisions internes affaiblissent leur autorité spirituelle. Le retour à Rome en 1378 et le Grand Schisme qui s’ensuit révèlent les limites de ce modèle. Malgré cela, l’héritage des papes d’Avignon persiste dans l’architecture, avec le Palais des Papes, et dans les relations entre la papauté et les monarchies européennes, notamment la France.

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