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L’histoire d’Argos, le fidèle chien d’Ulysse

The Conversation France · mis à jour 6 oct.

Dans l’« Odyssée », Argos (ici peint par Briton Rivière en 1873) n’est pas qu’un chien : il incarne les liens entre humains et animaux dans la Grèce antique. Universal Pictures/Granger Historical Picture Archive L’ESSENTIEL</strong.

Argos, chien emblématique

Dans l’Odyssée d’Homère, Argos n’est pas un simple chien, mais un symbole de fidélité et de temps qui passe. Ce personnage animal incarne les liens profonds entre humains et animaux dans la Grèce antique. L’épisode de ses retrouvailles avec Ulysse est l’un des plus poignants du poème, illustrant des thèmes centraux comme la patience, la perte et l’affection inconditionnelle. Argos, autrefois vigoureux, est retrouvé par son maître après vingt ans d’absence, couché sur un tas de fumier, couvert de parasites et trop faible pour se lever. Malgré cela, sa queue remue et ses oreilles se dressent à la vue d’Ulysse, témoignant d’un attachement intact. Ces retrouvailles, bien que brèves et impossibles physiquement, offrent à Ulysse une confirmation intime de sa valeur aux yeux de sa société, tout en soulignant l’irréversibilité des pertes causées par son long exil.

Animaux dans l'Odyssée

L’Odyssée d’Homère ne se limite pas aux héros, monstres ou dieux : elle intègre aussi des animaux comme acteurs à part entière du récit. Deux scènes illustrent cette présence : d’abord, les retrouvailles entre Ulysse et Argos, puis le cyclope Polyphème s’adressant affectueusement à son bélier Pepon, qu’il considère comme un proche. Ces épisodes montrent que les animaux ne sont pas de simples figurants, mais participent aux émotions, aux relations et aux drames humains. Homère utilise ces interactions pour ancrer son univers héroïque dans une réalité plus humaine et nuancée, où les liens avec le monde naturel sont aussi importants que les exploits guerriers. Les animaux y sont représentés avec des sentiments complexes, comme la tristesse ou l’affection, reflétant la richesse des relations interespèces dans l’Antiquité.

Rôle des animaux en Grèce antique

Dans la littérature et l’art de la Grèce antique, les animaux occupent une place bien plus importante que de simples éléments décoratifs. Ils sont souvent décrits comme des compagnons, des symboles de statut social ou des êtres dotés de sentiments. Par exemple, Pénélope, épouse d’Ulysse, possède des oies domestiques qui « réchauffent son cœur ». Dans l’Iliade, Hector nourrit ses chevaux avec une bouillie sucrée avant de penser à lui-même, et les chevaux d’Achille pleurent la mort de Patrocle. Les épitaphes funéraires pour chiens, comme celle attribuée au poète Simonide (VIᵉ-Vᵉ siècles avant notre ère), célèbrent leur bravoure et leur loyauté. Ces textes montrent que les Grecs de l’Antiquité reconnaissaient une forme de personnalité et d’affection chez les animaux, les intégrant ainsi pleinement dans leur vie quotidienne et leur culture.

Représentations artistiques

Les animaux, en particulier les chiens, sont très présents dans l’art grec antique, comme en témoignent les quelque 1 400 représentations de chiens sur des vases datés entre 700 et 200 avant notre ère, recensées par la base de données du Beazley Archive à Oxford. Un bol mycénien (entre 1750 et 1050 avant notre ère) montre déjà un homme tenant deux chiens en laisse. Les chiens apparaissent aussi dans des scènes de départ à la guerre, suggérant leur rôle de compagnons ou de gardiens. Dans les symposia (banquets grecs), des chiens sont représentés sous les lits, symbolisant peut-être leur présence discrète mais constante. Les reliefs funéraires, comme celui de la jeune Euchalia, montrent des petits chiens aux côtés d’enfants, illustrant leur statut d’animaux de compagnie affectueux. Ces œuvres révèlent une société où les animaux étaient à la fois utiles et aimés.

Ce que ça pourrait changer

La fidélité d’Argos dans l’*Odyssée* dépasse le simple récit animalier : elle reflète la valeur d’Ulysse et de sa société, malgré les épreuves et le déclin. Bien que le mot « chien » puisse être une insulte dans les épopées homériques, Argos incarne une loyauté inébranlable, contrastant avec l’ingratitude des prétendants qui convoitent Pénélope. Son épisode souligne aussi l’importance des personnages humbles comme le porcher Eumée, sans qui Ulysse n’aurait pu retrouver son foyer. La scène où les chiens de garde d’Eumée attaquent Ulysse, ne le reconnaissant pas, illustre l’aliénation causée par l’absence prolongée du héros. Argos, en mourant après avoir revu son maître, symbolise une perte irréparable, rappelant que certaines blessures ne guérissent pas, même après un retour triomphal.

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