Philippe Sands, l’avocat conteur d’histoires 5/5 : Un pas en avant
Entre démantèlement annoncé de la Cour pénale internationale, débat sur la qualification de génocide à Gaza et mandat contre Poutine, comment Philippe Sands envisage, avec le recul de toute une carrière, les forces et les fragilités de la justice internationale aujourd'hui..
Philippe Sands, avocat franco-britannique spécialisé en droit international, dresse un constat alarmant sur l'état actuel de la justice internationale. Selon lui, cette dernière est aujourd'hui attaquée de toutes parts, notamment avec l'annonce en juillet 2026 par le secrétaire d'État américain Marco Rubio d'un démantèlement de la Cour pénale internationale (CPI). Cette institution, créée en 2002 pour juger les crimes les plus graves comme les génocides ou les crimes contre l'humanité, voit également plusieurs États se retirer du traité de Rome, qui fonde son existence. Parallèlement, le procureur de la CPI, Karim Khan, a été révoqué, et des sanctions ont été prises contre la présidente de la Cour. Ces actions illustrent une remise en cause méthodique du droit international et du multilatéralisme, c'est-à-dire la coopération entre plusieurs États pour résoudre des problèmes communs.
Philippe Sands souligne que la justice internationale reste fragilisée par les rapports de force entre États. Il cite en exemple l'avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) sur l'occupation israélienne, ainsi que l'arrestation extrajudiciaire du président vénézuélien par Donald Trump en 2026. Ces situations montrent comment les grandes puissances peuvent influencer, voire contourner, les institutions internationales. Sands rappelle que la justice universelle est souvent soumise à des intérêts politiques ou économiques, ce qui limite son indépendance et son efficacité.
Sur la question de la qualification de génocide concernant les événements à Gaza, Philippe Sands adopte une position nuancée. Il estime qu'il n'existe pas de hiérarchie entre les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide. Selon lui, le génocide ne devrait pas être considéré comme « le crime des crimes », une expression qui suggère une supériorité morale ou juridique. Sands attend notamment le verdict de la Cour internationale de justice dans l'affaire opposant la Gambie au Myanmar pour génocide contre les Rohingyas, un dossier qu'il a plaidé en janvier 2026 aux côtés de la Gambie.
Philippe Sands travaille actuellement sur l'instauration d'un cinquième crime international, appelé l'écocide. Ce concept vise à criminaliser les actes de destruction massive de l'environnement, au même titre que les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre, le crime d'agression ou le génocide. Sands en fait le sujet de son prochain livre, soulignant l'urgence de protéger la planète face aux dégradations environnementales causées par l'activité humaine. Cette proposition s'inscrit dans une volonté de renforcer le droit international pour répondre aux défis globaux du XXIe siècle.
Philippe Sands est avocat, professeur de droit et écrivain franco-britannique. Il est notamment connu pour ses travaux sur les crimes internationaux et les droits de l'homme. Parmi ses ouvrages traduits en français figurent *38, rue de Londres : de l'impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie* (2025), *La dernière colonie* (2022), *La Filière* (2020) et *Retour à Lemberg* (2017). Son parcours illustre un engagement constant en faveur de la justice et de la mémoire des victimes de crimes internationaux. La série d'entretiens avec Caroline Broué, diffusée sur France Culture, explore son parcours et ses réflexions sur le droit international.

