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Géopolitique

“Quinze jours en enfer” : une journaliste afghane réfugiée au Pakistan raconte l’arbitraire

Courrier International · mis à jour il y a 23 j

Arrêtée alors qu’elle vivait avec un visa parfaitement en règle au Pakistan, une journaliste afghane a failli être expulsée avec ses enfants sans autre forme de procès. Elle témoigne de l’arbitraire qui, de l’Europe à l’Asie, frappe les réfugiés ayant, comme elle, fui le régime des talibans..

Expulsion nocturne

Une journaliste afghane, Mahtab Safi, raconte son arrestation nocturne par la police pakistanaise. Vers minuit, six policiers enfoncent sa porte et lui ordonnent de préparer ses affaires pour une expulsion immédiate. Malgré la possession d'un visa valide, coûtant plusieurs milliers de dollars et incluant des données biométriques, les agents invalident son document sur place. Le visa est un document officiel autorisant un étranger à séjourner temporairement dans un pays. La journaliste tente de protester, mais les policiers la menacent et confisquent ses papiers. Elle est ensuite emmenée avec sa famille au commissariat. Le Pakistan, pays voisin de l'Afghanistan, applique depuis fin 2023 une politique d'expulsion massive des Afghans, y compris ceux en situation régulière. Cette mesure s'inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes entre les deux pays.

Conditions inhumaines

Au commissariat, Mahtab Safi et d'autres Afghans sont entassés dans une petite pièce avec une cinquantaine de personnes, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les arrivées se poursuivent, réduisant l'espace disponible jusqu'à ce que les détenus ne puissent plus s'asseoir. Les enfants pleurent, certains ont soif ou faim, tandis que d'autres cherchent un endroit pour dormir. Les policiers enferment les personnes sans explication et les gardent trois heures dans cette pièce surpeuplée. Les Afghans, bien que détenteurs de visas en règle, sont traités avec mépris. Le visa est ici un document officiel qui, normalement, protège les détenteurs de l'expulsion. Pourtant, les autorités pakistanaises les considèrent tous comme des migrants illégaux. Cette situation illustre l'arbitraire des expulsions, où les règles administratives sont ignorées sans préavis.

Transfert vers un camp

Après leur passage au commissariat, Mahtab Safi et sa famille sont transférées dans un camp de détention situé dans la province du Pendjab, à l'ouest du Pakistan. Ce camp, déjà surpeuplé, accueille des centaines de personnes. La journaliste y retrouve son mari, qui est également détenu et sera expulsé vers l'Afghanistan malgré son visa valide. Les familles sont séparées : les hommes sont placés dans une zone distincte de celle des femmes et des enfants. Les téléphones et ordinateurs sont confisqués, et les détenus sont enfermés dans une pièce glaciale sans couvertures, malgré le froid. Environ 200 femmes et enfants partagent cet espace exigu, où certains doivent dormir debout. Le camp est situé près de la frontière afghane, à Torkham, un poste-frontière stratégique entre les deux pays.

Humiliations et extorsions

Dans le camp, les détenus afghans subissent des humiliations quotidiennes. Ils sont traités de parasites ou de traîtres par les gardiens, et doivent partager un seul WC pour des centaines de personnes, avec des files d'attente de plusieurs heures. Les policiers profitent de leur situation pour extorquer de l'argent : ils demandent des sommes importantes pour rendre les téléphones aux détenus, ou pour leur acheter de la nourriture à l'extérieur, en facturant des frais de transport exorbitants. Les femmes enceintes ou ayant accouché récemment sont détenues avec leurs nouveau-nés, tandis que d'autres sont menottées et envoyées en prison. Les conditions de vie sont déplorables : rats et lézards circulent librement, et les fenêtres sans vitres laissent entrer la pluie et le froid. Les détenus n'ont presque aucun contact avec l'extérieur, leurs téléphones ne leur étant rendus que quelques minutes par jour, parfois seulement tous les trois jours.

Expulsions arbitraires

Parmi les détenus, certains sont emmenés pour être expulsés vers l'Afghanistan sans avertissement. Une quarantaine de jeunes hommes et une femme avec son enfant handicapé sont alignés dans la cour, filmés et photographiés par les gardiens avant d'être expulsés de force. Les expulsions se font dans des conditions brutales, parfois sous la pluie, sans égard pour l'état de santé des personnes. Les femmes vivant depuis des années au Pakistan sont également concernées : certaines sont enchaînées et envoyées en prison avec leurs enfants. Les policiers promettent des libérations contre des paiements, souvent inaccessibles pour les détenus les plus pauvres. Après deux semaines de détention, seuls ceux ayant encore un visa valide sont libérés, mais sous la menace d'une expulsion future si leur document expire. Le visa de Mahtab Safi, par exemple, avait encore vingt jours de validité à sa libération.

Ce que ça pourrait changer

Après quinze jours de détention dans le camp, Mahtab Safi est finalement libérée grâce à la validité restante de son *visa*. Elle quitte le camp épuisée et traumatisée, mais soulagée de retrouver sa liberté. Cependant, un policier la met en garde : si son *visa* n'est pas renouvelé dans les vingt jours, elle sera de nouveau expulsée. Le *visa* est ici un document temporaire qui, dans ce contexte, ne garantit aucune sécurité. Cette expérience illustre l'instabilité et l'insécurité auxquelles sont confrontés les Afghans au Pakistan, même lorsqu'ils respectent les règles administratives. Leur situation reflète une politique d'expulsion massive et arbitraire, où les droits fondamentaux sont bafoués, et où la peur de l'arbitraire plane en permanence. Le Pakistan, confronté à une crise migratoire et à des tensions diplomatiques avec l'Afghanistan, applique ces mesures sans distinction entre les personnes en situation régulière et les autres.

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