Vous êtes de plus en plus nombreux à vivre seul, et ça bouleverse le marché de l'immobilier
Loin de se limiter à l'étudiant en studio ou à la personne âgée veuve, la vie en solo concerne aujourd'hui près de quatre logements sur dix en France. Profils socio-économiques, âges, types de logements et territoires: décryptage d'une réalité plurielle qui contraint le marché de l'immobilier à se réinventer..
En France, près de quatre logements sur dix (39 %) sont aujourd’hui occupés par une seule personne, selon les derniers recensements de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). Ce chiffre a augmenté de 14 % entre 2016 et 2022, alors que les logements occupés par deux personnes n’ont progressé que de 5 % sur la même période. À l’inverse, les logements de cinq personnes ou plus ont reculé de 4 %. Cette évolution reflète une transformation des modes de vie, où la vie en solo n’est plus une situation marginale, mais une réalité courante, moins liée à la vie en couple ou en famille. Elle peut accompagner des mobilités professionnelles, des séparations ou des recompositions conjugales, et ne se réduit plus à des profils comme l’étudiant en studio ou la veuve en maison à la campagne.
La vie en solo concerne désormais des tranches d’âge et des situations sociales très diverses. Si les plus de 60 ans représentent une part importante des personnes vivant seules (56 % des cas, en raison d’une espérance de vie plus longue et du veuvage), les 25-59 ans constituent 43 % de ce groupe, dont 43 % sont en emploi. Les hommes vivant seuls progressent plus vite que les femmes, bien que ces dernières restent majoritaires (56 %). Les personnes seules ne sont pas systématiquement en situation économique défavorable : elles sont légèrement surreprésentées parmi les cadres et professions intermédiaires, mais leur emploi est souvent plus précaire (CDD, intérim, contrats aidés). Leur situation conjugale est aussi variée : 43 % sont célibataires, 25 % veuves ou veufs, 20 % divorcées, et près d’une personne seule sur dix est mariée ou en union libre, parfois dans le cadre de couples non cohabitants.
Les personnes vivant seules occupent des logements très différents. Près de neuf logements sur dix de moins de 30 m² ou d’une pièce sont occupés par une seule personne, ce qui alimente l’image du jeune actif ou de l’étudiant en studio. Cependant, cette situation ne concerne que 11 % des personnes seules. En réalité, 38 % habitent dans des logements de 60 à 100 m² et 15 % dans des logements de plus de 100 m². Les maisons individuelles ne sont pas rares : près de quatre personnes seules sur dix y résident, notamment les veuves, divorcées ou mariées. Les statuts d’occupation sont aussi divers : 46 % sont propriétaires, 36 % locataires du parc privé et 16 % locataires du parc social. La vie en solo peut donc être temporaire ou durable, dans un petit logement comme dans une grande maison.
Les personnes vivant seules se répartissent dans tous les types de territoires, mais avec des spécificités. Elles sont particulièrement nombreuses dans les villes de plus de 200 000 habitants, notamment parmi les moins de 24 ans, attirés par les études, les emplois et les petits logements. Cependant, la croissance du nombre de personnes seules a été la plus forte dans les couronnes périurbaines (zones autour des villes) ces dernières années, aussi bien chez les 25-59 ans que les 60-74 ans. Dans les espaces ruraux, les personnes seules sont plus âgées : trois sur dix ont plus de 75 ans. Cette diversité des modes d’habitat crée une concurrence accrue pour l’accès aux petits logements, encore trop peu nombreux pour répondre à la demande, en ville comme en périphérie.
L’augmentation des foyers solo transforme la demande de logements et pose des défis au marché immobilier. Les petits logements, souvent occupés par des personnes seules, sont très demandés, mais leur offre reste insuffisante, notamment en ville. Parallèlement, les grands logements, parfois occupés par des personnes seules après une séparation ou le départ des enfants, contribuent à la **sous-occupation** des logements. Pour répondre à cette diversité, il devient nécessaire de construire des logements adaptés à différentes situations : logements abordables pour les personnes aux revenus modestes, solutions pour le maintien à domicile des personnes âgées, habitat partagé, ou encore réflexion sur l’adaptation des grands logements. L’enjeu n’est plus seulement de construire davantage, mais de proposer des solutions variées pour des modes de vie en solo de plus en plus nombreux et diversifiés.

