Des roches remontées des abysses s'enflamment toutes seules une fois à la surface, et ça inquiète les chercheurs
Alors que de nombreux acteurs de l'industrie lorgnent sur l'exploitation minière des profondeurs océaniques, les chercheurs alertent que des échantillons de roches issus des fonds marins prennent feu spontanément en laboratoire..
En 2022, des chercheurs de l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) ont prélevé 57 échantillons de roches sulfurées métalliques dans la fosse d'Escanaba, située au large des côtes du nord de la Californie et de l'Oregon. Lors de leur analyse en laboratoire, deux de ces échantillons se sont spontanément enflammés, provoquant une hausse de température dépassant 100°C et une oxydation complète des minéraux. Ces résultats ont été publiés en 2026 dans la revue Scientific Reports. L'USGS souligne que cette découverte pourrait poser un danger potentiel si l'exploitation minière des fonds marins se poursuit, notamment en raison du risque d'incendie sur les navires de forage.
L'Autorité internationale des fonds marins (AIFM) a récemment accordé des contrats d'exploration minière pour des gisements de sulfures métalliques sur deux dorsales océaniques. Cependant, les chercheurs de l'USGS alertent sur les risques spécifiques liés à ces roches. En effet, leur exposition à l'air libre, après avoir été remontées des abysses, peut déclencher des réactions exothermiques (dégageant de la chaleur) et des incendies. Les scientifiques précisent que ces roches se comportent différemment des gisements terrestres comparables, en raison de leurs propriétés physiques et chimiques uniques.
L'inflammation spontanée des roches serait principalement causée par la présence de marcasite nanocristalline, un sulfure naturel de fer particulièrement instable en présence d'oxygène. Lorsque ces roches sont broyées, concassées ou pulvérisées, leur oxydation peut s'accélérer et provoquer une combustion. Cette réaction est d'autant plus dangereuse que les fonds marins, où ces roches se forment, sont dépourvus d'oxygène et soumis à des pressions et températures extrêmes. À la surface, l'exposition à l'oxygène et aux variations de température et d'humidité déclenche ce phénomène.
L'exploitation minière des sulfures métalliques dans les abysses suscite des inquiétudes majeures parmi les défenseurs de l'environnement. Certains qualifient ces futures extractions de «coup de grâce» pour les écosystèmes océaniques déjà fragiles. Les risques incluent non seulement les incendies en surface, mais aussi la perturbation des fonds marins, où les sulfures jouent un rôle écologique encore mal compris. L'USGS insiste sur la nécessité de mener ces opérations avec une extrême prudence pour éviter des dommages irréversibles.
Cette découverte intervient alors que l'industrie minière des abysses est en pleine émergence. Les contrats accordés par l'AIFM en 2026 montrent que cette activité pourrait se développer rapidement, malgré les alertes scientifiques. Les chercheurs de l'USGS appellent à une évaluation rigoureuse des risques avant toute exploitation à grande échelle. Leur étude met en lumière un problème inattendu : des roches qui, une fois remontées, deviennent combustibles, un phénomène rare et mal anticipé dans le domaine minier sous-marin.

