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La désinformation par l’IA prolifère à l’approche des élections de mi-mandat

Le Devoir · mis à jour il y a 1 h

Au Texas, notamment, le républicain Ken Paxton utilise la technologie pour attaquer son adversaire démocrate James Talarico..

Des deepfakes en campagne

À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, prévues début novembre 2026, des vidéos truquées par intelligence artificielle (IA) se multiplient pour discréditer des candidats. Ces deepfakes sont des contenus hyperréalistes, générés ou modifiés par des algorithmes, qui placent des personnalités politiques dans des situations fictives. Par exemple, un clip montre un candidat démocrate du Texas, James Talarico, écrivant dans une bible avec des crayons multicolores et tenant des propos provocateurs sur le christianisme et le genre. Pourtant, cette vidéo est entièrement fabriquée : Talarico n’a jamais participé à ce tournage. Ces montages sont souvent diffusés sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision, avec parfois un appel aux dons pour le candidat qui les publie. Les outils d’IA utilisés, comme les générateurs de voix ou d’images, permettent de créer ces contenus en quelques heures, à moindre coût, sans besoin d’acteurs ou d’équipes techniques spécialisées.

Cible privilégiée : Talarico

James Talarico, candidat démocrate au Sénat du Texas, est la cible récurrente de ces deepfakes. En quelques semaines, deux vidéos truquées ont été diffusées contre lui. La première le montrait vêtu en femme, parodiant une scène du film La Mélodie du bonheur, tandis qu’une autre, plus récente, le faisait tenir des propos anti-chrétiens en gribouillant une bible. Ces clips sont publiés par des organisations conservatrices proches de Donald Trump ou par des rivaux politiques. Talarico a dénoncé ces manipulations et appelé à l’interdiction des deepfakes dans la communication politique, soulignant qu’ils « ne contribuent en rien à éclairer le choix des électeurs ». Ces attaques illustrent une stratégie de plus en plus courante : discréditer un adversaire en utilisant des outils technologiques accessibles, même sans preuve de leur efficacité à long terme.

Coût et ampleur du phénomène

Selon le Wesleyan Media Project, un groupe d’universitaires indépendant, 164 clips générés ou améliorés par IA ont été identifiés dans des campagnes électorales américaines depuis le début de l’année 2026. Ces publicités, diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux, représentent un coût total d’environ 80 millions de dollars, financés aussi bien par les républicains que par les démocrates. Cependant, ce chiffre est probablement sous-estimé, car il est difficile de détecter systématiquement l’utilisation d’outils d’IA dans les contenus politiques. Les outils utilisés, comme les logiciels de synthèse vocale ou de modification d’images, sont devenus accessibles et peu coûteux, réduisant les barrières à la création de fausses informations. Leur usage massif soulève des questions sur leur impact réel sur le comportement des électeurs.

Risque de défiance généralisée

Les experts s’inquiètent des conséquences de cette prolifération de deepfakes sur la confiance des citoyens. Sarah Kreps, directrice du Tech Policy Institute à l’Université Cornell, explique que le problème n’est pas tant que les électeurs croient ces vidéos, mais qu’ils pourraient finir par douter de tout contenu, même authentique. Cette méfiance généralisée, appelée « infodémie » (épidémie d’informations), risquerait de saper la crédibilité des médias et des institutions. Ilana Beller, de l’ONG Public Citizen*, souligne que la technologie, désormais capable de tromper le public, et son utilisation en période électorale suffisent à éroder la confiance des électeurs. Par exemple, un électeur pourrait rejeter une vidéo réelle en la suspectant d’être un deepfake, ce qui fausse le débat démocratique.

Outils accessibles et motivations

Les outils d’IA utilisés pour créer ces deepfakes sont désormais bon marché et accessibles au grand public. Isabel Linzer, du Center for Democracy & Technology, explique qu’il n’est plus nécessaire de payer des équipes de tournage ou des monteurs spécialisés : quelques clics suffisent pour générer un contenu de qualité en peu de temps. Ces outils permettent aussi de créer des publicités satiriques ou humoristiques, qui servent de « caricatures politiques modernes ». Une question se pose : ces deepfakes ne sont-ils pas aussi un coup de communication pour générer une couverture médiatique gratuite ? Scott Babwah Brennen, directeur du Center on Technology Policy à l’université de New York, estime que ces contenus attirent l’attention, mais leur impact sur le vote reste incertain. Certaines publicités négatives pourraient même se retourner contre leurs auteurs.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette menace, des voix s’élèvent pour encadrer l’usage de l’IA en politique. James Talarico, cible de ces manipulations, a appelé à l’interdiction des deepfakes dans la communication électorale. Aux États-Unis, plusieurs États ont déjà légiféré sur le sujet, mais les règles varient et sont souvent contournées. Les experts soulignent la difficulté de réguler ces outils, dont l’usage se démocratise rapidement. Certains proposent d’imposer des mentions claires lorsque du contenu est généré par IA, tandis que d’autres suggèrent des sanctions pour les auteurs de deepfakes malveillants. Cependant, la rapidité d’évolution de la technologie rend toute régulation complexe. Le débat reste ouvert sur l’équilibre entre liberté d’expression et protection contre la désinformation.

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