D’où viennent tous ces profils de fausses soldates ou policières en ligne ?
Le journal néerlandais “Trouw” s’est penché sur une tendance récente : la multiplication, sur Instagram et TikTok, de profils de jeunes femmes soi-disant membres des forces de l’ordre et qui multiplient les selfies séduisants. Derrière ces personnages générés par intelligence artificielle se cachent des intentions mercantiles et, parfois, une propagande haineuse..
Depuis juillet 2027, les réseaux sociaux néerlandais sont envahis par des profils d’influenceuses qui prétendent exercer des métiers prestigieux comme celui de soldate ou de policière, mais qui sont en réalité entièrement fictifs. Ces comptes sont créés à l’aide d’une intelligence artificielle (IA), une technologie capable de générer des images, des textes et même des vidéos réalistes à partir de données. Par exemple, le compte Instagram d’Annefleur Franken, une jeune femme de 21 ans se présentant comme « votre soldate néerlandaise préférée », a été démasqué par le journal Trouw : il s’agissait d’un personnage inventé. Le phénomène n’est pas isolé, puisque plus de 50 profils similaires ont été identifiés, allant de l’infirmière à l’agricultrice. Ces faux profils exploitent souvent des stéréotypes de genre, comme des poses séduisantes ou des tenues provocantes, pour attirer l’attention des internautes.
Le principal objectif de ces profils fictifs est de générer des revenus. Une partie d’entre eux redirige les utilisateurs vers des plateformes payantes, comme Fanvue, où les abonnés peuvent souscrire à un abonnement pour recevoir des messages personnalisés, écrits ou audio, générés par IA. Par exemple, le profil de Kaia Nube, une « Américaine » qui se présente comme une influenceuse, propose ce type de contenu à caractère sexuel. Les réactions des internautes varient : certains reconnaissent qu’il s’agit de contenus générés par IA, tandis que d’autres croient aveuglément en l’authenticité des personnages, comme en témoignent les nombreux commentaires enthousiastes ou les symboles d’affection (cœurs, flammes) sous les publications. Cette stratégie repose sur l’exploitation de l’engagement des utilisateurs, qui peuvent être incités à dépenser de l’argent pour interagir avec ces profils.
Au-delà de l’aspect financier, certains de ces profils fictifs diffusent des messages politiques ou haineux. Par exemple, Kaia Nube, déjà mentionnée, a publié une photo devant un véhicule militaire avec une pancarte affichant le message : « Apprenez à vos enfants à changer l’huile de leur moteur, pas leur genre. » D’autres profils, comme celui d’une « policière » au décolleté plongeant, partagent des propos misogynes ou transphobes, comme : « Il ne travaille pas dix heures par jour pour que ce soit une grosse vache qui l’attende à la maison. » Selon le journal Trouw, ces messages ne sont pas toujours l’objectif principal, mais ils contribuent à normaliser des opinions extrêmes en les associant à des images générées par IA. Les chercheurs soulignent que ces contenus sont souvent vus par des personnes partageant déjà ces opinions, en raison du fonctionnement des algorithmes des réseaux sociaux.
Les experts interrogés par Trouw considèrent ce phénomène comme une forme de désinformation et de manipulation. Laurens Naudts, chercheur à l’université d’Amsterdam, qualifie ces profils de « cheval de Troie », car ils peuvent servir à diffuser des idées trompeuses ou à collecter des informations sensibles. Par exemple, certains créateurs pourraient utiliser ces profils pour entrer en contact avec des militaires et obtenir des données confidentielles. L’armée néerlandaise a réagi en alertant ses collaborateurs : ceux-ci sont invités à se montrer prudents face aux contacts sur les réseaux sociaux et à signaler toute personne manifestant un intérêt suspect pour la défense. Ce phénomène illustre comment l’IA peut être détournée pour influencer l’opinion publique ou commettre des actes malveillants.
Les chercheurs Sanne Kruikemeier (université de Wageningue) et Laurens Naudts ont observé que les messages politiques portés par ces profils fictifs sont plus facilement acceptés par les électeurs de droite, selon les premières recherches disponibles. De plus, les algorithmes des réseaux sociaux amplifient la diffusion de ces contenus en les ciblant vers des audiences déjà sensibles à ces idées. Par exemple, une personne partageant des opinions conservatrices aura plus de chances de tomber sur ce type de publications. Cette dynamique renforce les biais cognitifs et contribue à polariser les débats en ligne. Les experts appellent à une vigilance accrue face à ces nouvelles formes de manipulation, qui pourraient avoir un impact durable sur l’opinion publique.

