On pensait que dormir moins de 6 heures était mauvais pour la santé : une étude sur 462 adultes nuance cette règle
On répète qu'en dessous d'un certain nombre d'heures, le sommeil met la santé en danger. Pourtant, certains s'en tirent très bien avec peu, quand d'autres s'effondrent dès la première nuit raccourcie.
En octobre 2026, une équipe de chercheurs de l’université nationale de Singapour a mené une étude sur le sommeil en suivant 462 adultes pendant près d’un an. Les participants ont porté des capteurs, comme des bagues ou des montres connectées, pour enregistrer précisément la durée et la qualité de leur sommeil nuit après nuit. Cette méthode a permis de recueillir des données objectives, bien plus fiables que les souvenirs ou les déclarations des dormeurs. Les chercheurs ont également analysé les données de 376 758 utilisateurs d’appareils similaires dans sept pays pour élargir leur étude. L’objectif était de déterminer si une règle universelle, comme le seuil de six heures de sommeil, s’appliquait à tous ou si chaque individu avait des besoins différents.
Plutôt que de se fier à une règle fixe comme six heures de sommeil, les chercheurs ont proposé un seuil personnalisé pour chaque participant. Ce seuil est calculé en fonction de la durée de sommeil habituelle de la personne quand elle en a l’occasion de dormir suffisamment. Par exemple, si une personne dort généralement 7 heures quand elle est reposée, une nuit de 6 heures sera considérée comme trop courte pour elle, même si elle dépasse le seuil universel de six heures. En moyenne, ce seuil personnalisé se situait autour de 6,1 heures, mais il variait selon les individus. Environ 35 % des nuits étaient jugées trop courtes selon la règle des six heures, contre 37 % selon le seuil personnalisé. Cependant, ce dernier prédisait mieux les effets négatifs sur la santé, comme une baisse de vigilance ou une tension artérielle plus élevée.
Les chercheurs ont observé que les nuits trop courtes, définies par le seuil personnalisé, avaient des conséquences mesurables sur la santé des participants. Après une seule nuit écourtée, les volontaires récupéraient environ 50 minutes de sommeil la nuit suivante, mais cette récupération diminuait si les nuits courtes se répétaient. Environ 86,4 % des participants ne subissaient ces épisodes que sur une seule nuit. Cependant, les nuits trop courtes répétées étaient associées à une tension artérielle plus élevée et à des artères plus rigides, signe d’un cœur davantage sollicité. Ces effets s’aggravaient avec l’accumulation des nuits trop courtes, confirmant que le manque de sommeil a un impact tangible sur la santé physique et mentale.
L’étude a révélé que certaines personnes dormant peu depuis longtemps ne souffraient pas des effets négatifs habituellement associés au manque de sommeil. Cela s’explique par le fait qu’elles ne franchissent pas leur propre seuil personnalisé, car leur rythme de sommeil est naturellement plus court. Par exemple, une personne dormant habituellement 5 heures ne subira pas de déficit si elle dort effectivement 5 heures, même si ce chiffre est inférieur au seuil universel de six heures. À l’inverse, une personne dormant habituellement 8 heures sera en déficit réel si elle ne dort que 5 heures, même si ce chiffre dépasse le seuil d’une autre personne. Cette découverte montre que le corps s’adapte à son propre rythme de sommeil, et que le vrai danger vient de l’écart par rapport à ce rythme.
Les résultats de cette étude pourraient ouvrir la voie à des outils de suivi du sommeil plus précis et personnalisés. Plutôt que de se baser sur une moyenne universelle, les capteurs pourraient alerter les utilisateurs quand ils s’éloignent durablement de leur seuil de sommeil habituel. Cela permettrait de prévenir les effets négatifs du manque de sommeil avant qu’ils ne deviennent problématiques. Les chercheurs soulignent que ces alertes pourraient être intégrées dans des dispositifs comme les bagues ou montres connectées, offrant ainsi une solution pratique pour améliorer la santé des utilisateurs. Cette approche pourrait aussi aider les professionnels de santé à mieux conseiller leurs patients en fonction de leurs besoins individuels.

