Au Monaco Yacht Show, des ultra-riches indifférents au contexte social
Le marché des superyachts surfe sur l’augmentation du nombre de milliardaires. Malgré l’impact écologique délétère et le symbole violent dans un contexte d’inégalités marquées, la volonté d’afficher sa richesse reste forte..
Le Monaco Yacht Show (MYS) est un événement annuel dédié aux superyachts, ces bateaux de luxe dépassant généralement 30 mètres de long. En 2026, 120 de ces mastodontes sont exposés dans la marina de Monaco, un État situé sur la Côte d'Azur en France. Les visiteurs, principalement des multimillionnaires, paient 700 euros pour accéder à ce salon pendant une journée. Les yachts présentés, comme Lady First ou Vanish, sont personnalisables à l'extrême : intérieurs en marbre, œuvres d'art, cuisines opacifiables pour cacher le personnel, ou encore équipements de loisirs comme des jet skis ou des mini-sous-marins. Un modèle de 30 mètres coûte environ 10 millions d'euros, mais les prix varient selon les options et les matériaux utilisés. Le PDG d'une entreprise de construction navale justifie ces dépenses par un argument commercial : On ne vit qu'une fois, il faut en profiter.
Le marché des superyachts connaît une expansion notable depuis la pandémie de Covid-19 et l'essor des réseaux sociaux. En 2021, les ventes ont atteint un record, selon Grégory Salle, chercheur au CNRS et auteur du livre Superyachts: luxe, calme et écocide (2021). Cette industrie englobe plusieurs secteurs : construction, réparation, location, aménagement intérieur, ingénierie, design, courtage et gestion des marinas. Les constructeurs traditionnels, majoritairement néerlandais, allemands ou italiens, voient désormais émerger de nouveaux concurrents comme la Turquie, la Chine ou la Croatie. Cependant, les constructeurs navals français restent peu présents sur ce segment haut de gamme. Les acheteurs privilégient les modèles neufs, les plus grands et les plus chers, sans tenir compte de leur impact environnemental.
Les superyachts sont des sources importantes de pollution. En septembre 2022, le superyacht de Bernard Arnault, long de 101 mètres, a consommé 470 000 litres de diesel en quelques jours, selon les estimations du collectif CO2 Tracker. Ces bateaux génèrent non seulement des émissions massives de CO2, mais aussi une pollution atmosphérique, des eaux et des fonds marins. Malgré ces enjeux, certains constructeurs tentent de verdir leur image. En 2026, un yacht nommé Eco est présenté au MYS avec des voiles, un moteur électrique et des panneaux solaires. Cependant, ces équipements ne suffisent pas à compenser l'impact global d'un bateau de près de 30 mètres, dont la construction nécessite d'énormes quantités de matériaux et d'énergie. En 2025, des militants d'Attac ont bloqué le quai des milliardaires à Antibes pour dénoncer le mode de vie irresponsable des ultra-riches, soulignant que ces derniers brûlent en quelques jours une quantité de carburant équivalente à ce qu'une personne consomme en une vie.
Le Monaco Yacht Show met en lumière les inégalités économiques mondiales. En 2025, le monde comptait 3 795 milliardaires, soit 60 % de plus qu'en 2015, selon les données disponibles. La Principauté de Monaco, où se tient le salon, est un symbole de ces disparités : les salaires y sont parmi les plus bas d'Europe, tandis que les prix de l'immobilier et des services de luxe y sont exorbitants. En 2026, des manifestations ont lieu devant le MYS pour protester contre ces inégalités. Les organisateurs détournent temporairement l'attention des acheteurs avec des vuvuzelas, illustrant l'écart entre les fortunes extrêmes et les conditions de vie des travailleurs locaux. Les milliardaires américains restent les principaux acheteurs, mais les origines des constructeurs se diversifient, incluant désormais la Turquie, la Chine ou la Croatie.
Les superyachts bénéficient souvent de régimes fiscaux avantageux grâce au *pavillon de complaisance*, une pratique qui consiste à immatriculer un bateau dans un pays différent de celui de son propriétaire, généralement pour réduire les taxes. Au MYS, de nombreux drapeaux visibles appartiennent à des pays comme les Îles Caïmans, les Îles Marshall ou les Îles Cook, connus pour leur fiscalité attractive. En France, une taxe spécifique aux superyachts a été instaurée en 2018, censée rapporter entre 5 et 10 millions d'euros par an. Cependant, en 2024, elle n'a généré que 60 000 euros, selon Thomas Portes, député La France insoumise (LFI). Ce dernier a déposé en 2026 une proposition de loi visant à interdire l'accès et l'usage des superyachts de 50 mètres ou plus dans les eaux et ports français. Il dénonce leur *consommation exceptionnelle, contribution fiscale marginale et faible encadrement réglementaire*.

