Après les Jeux olympiques de Paris 2024, quel héritage pour la sécurité des évènements sportifs ?
* Deux ans après la tenue des Jeux olympiques de Paris 2024, il est temps de dresser le bilan sécuritaire de l’évènement : quels ont été les coûts ? Est-ce que les nouvelles technologies vont prendre de plus en plus de place ? * En France, l’année 2024 a été marquée par l’organisation d’un évènement planétaire, les Jeux olympiques et Paralympiques de Paris. Le Comité d’Organisation (COJO) annonçait pour les 30 jours de compétitions (17 pour les JO et 12 pour les JOP) 15 000 athlètes venus de plus de 200 nations, plus de 40 000 volontaires, 26 000 journalistes accrédités.
Les Jeux olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ont rassemblé 15 000 athlètes issus de plus de 200 pays, 40 000 volontaires, 26 000 journalistes et 15 millions de visiteurs, dont 11,3 millions pour les Jeux olympiques et 3,8 millions pour les Jeux Paralympiques. L'événement a été suivi par 4 milliards de téléspectateurs à travers le monde. Son organisation a posé des défis logistiques majeurs, notamment l'adaptation de sites existants comme le Grand Palais, Versailles ou le Trocadéro pour accueillir des épreuves sportives. La sécurité de l'événement a été une priorité absolue en raison du contexte géopolitique tendu et des risques terroristes, mobilisant des moyens exceptionnels pour garantir un déroulement sans incident.
Pour assurer la sécurité des Jeux, l'État français a adopté des lois olympiques spécifiques, temporaires et expérimentales, afin de renforcer les outils disponibles pour les pouvoirs publics. Ces lois ont notamment facilité l'usage de la vidéoprotection algorithmique, permettant aux forces de sécurité d'identifier des situations dangereuses en temps réel grâce à des algorithmes analysant les images des caméras. Le préfet de police de Paris est devenu le responsable unique de l'ordre public en Île-de-France pendant la durée des Jeux. Par ailleurs, le criblage des accréditations a été massivement renforcé, avec plus d'un million de demandes traitées, incluant des enquêtes de sécurité approfondies et des contrôles d'accès facilités par des scanners corporels, similaires à ceux utilisés dans les aéroports.
La sécurité des Jeux a nécessité une mobilisation sans précédent de ressources humaines et technologiques. L'État a financé la formation accélérée d'agents de sécurité privée, réduisant la durée de formation de 175 à 105 heures pour pallier le manque de personnel. Au total, 17 000 agents de sécurité privée ont été déployés pendant les Jeux, un chiffre porté à 22 000 lors des trois journées les plus intenses. Les forces de l'ordre, soutenues marginalement par l'armée, ont également été massivement mobilisées, avec un coût public estimé entre 1 163 et 1 700 millions d'euros pour la période 2022-2025. Ces dépenses incluent des surcoûts salariaux pour les forces de l'ordre (517 millions d'euros) et des dépenses de fonctionnement (646 millions d'euros), ainsi que des coûts indirects comme la formation des agents de sécurité.
La sécurité des Jeux olympiques a été organisée selon une doctrine « zéro risque », justifiée par l'enjeu d'image pour la France et les risques géopolitiques. Cette approche a conduit à un déploiement exceptionnel de forces de sécurité, rarement vu en France sur une période aussi longue et hors contexte de crise. Le coût élevé de cette sécurité, non facturé au Comité d'Organisation des Jeux (COJO) en raison d'une convention État-CIO-COJO, reflète cette priorité absolue. Les pouvoirs publics ont même demandé aux organisateurs d'autres événements de l'été 2024 d'annuler ou reporter leurs manifestations, en raison de la mobilisation des forces de l'ordre pour les Jeux. Cette doctrine a permis d'éviter tout incident sécuritaire majeur.
Deux ans après les Jeux, plusieurs rapports (Sénat, ministère de l'Intérieur, Commission nationale consultative des droits de l'homme, Cour des comptes) ont analysé les mesures temporaires mises en place et leurs perspectives d'avenir. Quatre enseignements principaux émergent. Premièrement, le rôle de la sécurité privée a été élargi, avec la création d'une carte professionnelle allégée et la facilitation des contrôles pour les personnels et volontaires. Deuxièmement, l'usage de la vidéoprotection algorithmique, expérimenté sur 485 caméras, a montré des limites techniques (pannes, faux positifs) mais reste maintenu pour une évaluation plus approfondie. Troisièmement, l'utilisation de données biométriques et de reconnaissance faciale a été écartée, illustrant la réticence française à franchir ce seuil en matière de libertés publiques.
L'article souligne un équilibre délicat entre sécurité et libertés individuelles. Les Jeux ont ouvert la porte à l'usage de certains outils technologiques comme les drones, le criblage massif, la vidéo algorithmique et les portiques de détection, tout en maintenant un veto sur la reconnaissance faciale automatique. Cette position s'inscrit dans la ligne de la doctrine européenne actuelle, qui limite strictement l'usage de la reconnaissance faciale. En revanche, la France a autorisé l'usage de *jumeaux numériques* pour modéliser les sites et optimiser la gestion des événements. Les rapports soulignent que cette approche technologique, bien que critiquée par certains acteurs comme la Commission nationale consultative des droits de l'homme, n'a pas heurté les libertés publiques dans sa conception ou sa mise en œuvre.

