"L'Inconnue" d'Arthur Harari et autres body swaps
A l'occasion de la sortie en salles le 26 août dernier de "L'Inconnue" d'Arthur Harari, entretien avec le cinéaste suivi d'une exploration du "body swap" dont son film reprend le motif, avec Diane Arnaud, et aussi N.T.Binh..
Le film L'Inconnue, réalisé par Arthur Harari, est sorti en salles le 26 août 2026. Ce long-métrage fantastique, présenté en compétition au Festival de Cannes, a marqué les esprits par son approche originale du genre. Sans recourir à des effets spéciaux spectaculaires, le film explore des thèmes comme l'identité, l'échange de corps et l'ambiguïté des images. Arthur Harari, connu pour son travail sur des scénarios complexes, endosse ici les rôles de réalisateur, scénariste et acteur. Le film s'inscrit dans la tradition du teen movie tout en intégrant des éléments fantastiques et érotiques, créant ainsi une atmosphère à la fois troublante et captivante pour le public.
Le body swap (littéralement échange de corps en anglais) est un sous-genre cinématographique où deux personnages échangent leurs enveloppes corporelles. Ce motif narratif, fréquent dans les comédies adolescentes ou les films fantastiques, permet d'explorer des thèmes comme l'identité, la perception de soi et les relations humaines. Dans L'Inconnue, Arthur Harari reprend ce concept pour interroger la frontière entre le réel et l'imaginaire. Diane Arnaud, professeure d'esthétique filmique, analyse ce phénomène dans le cadre d'un Grand Angle, soulignant comment le cinéma utilise ce procédé pour générer du trouble et de l'ambiguïté chez le spectateur. Des films comme Dans la peau d'une blonde (1991) ou Volte/Face (1997) illustrent cette tendance.
Diane Arnaud, spécialiste de l'analyse esthétique des motifs cinématographiques, explique comment le body swap peut engendrer un trouble chez le spectateur. Elle met en lumière la capacité du cinéma à rendre toute image ambigüe et tragique, notamment lorsque l'échange de corps révèle des vérités cachées ou des conflits intérieurs. Dans L'Inconnue, ce procédé est utilisé pour créer une tension narrative sans recourir à des artifices techniques. Arnaud souligne que ce sous-genre, souvent associé aux comédies, peut aussi basculer dans le fantastique ou l'horreur, comme dans L'Invasion des profanateurs (1978). Son approche permet de comprendre comment le cinéma manipule les attentes du public pour provoquer une réflexion sur la condition humaine.
N.T. Binh, journaliste et critique de cinéma, prolonge cette réflexion dans une chronique dédiée au film La seconde mort d’Harold Pelham (1970) de Basil Dearden. Ce long-métrage, qui met en scène un dédoublement de personnage interprété par Roger Moore, est cité comme une référence du body swap dans un registre plus sombre. Binh souligne l'étrangeté de cette œuvre, où l'échange de corps devient un outil pour explorer les dualités de l'être humain. La chronique s'appuie sur des extraits sonores et des analyses pour montrer comment le cinéma utilise ce motif pour interroger la perception de soi et la réalité. Ces références enrichissent la compréhension du genre et de ses enjeux esthétiques.
Le podcast Plan Large propose plusieurs recommandations cinématographiques pour le public. Parmi elles, Fjord de Cristian Mungiu et Soudain de Ryusuke Hamaguchi, deux films cannois toujours à l'affiche, ainsi que Lawrence d'Arabie de David Lean, qui a attiré 30 000 spectateurs en salles cet été. D'autres titres comme Salvation d'Emin Alper, A Swedish Love Story de Toy Andersson, et une sélection de cinq classiques des cinémas néo-zélandais et australien sont également mis en avant. Ces suggestions reflètent la diversité des propositions cinématographiques disponibles et invitent le public à explorer des œuvres variées, allant du drame à l'aventure.
Le podcast rend hommage à deux cinéastes disparus récemment : Jean-Paul Rappeneau, maître du tempo et du réalisme poétique, et Tony Gatlif, connu pour ses films célébrant les communautés gitanes et l'exil. Jean-Paul Rappeneau est évoqué pour sa capacité à créer des *géographies imaginaires*, où le réalisme n'est pas une fin en soi. Tony Gatlif, quant à lui, est célébré pour son engagement en faveur des cultures marginalisées. Ces hommages rappellent l'importance du cinéma comme vecteur de mémoire et d'expression artistique, tout en soulignant l'impact de ces réalisateurs sur le paysage culturel français.

