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Environnement

Pesticides : environ 46 % des agriculteurs empoisonnés chaque année dans le monde

Reporterre · mis à jour il y a 1 h

Une étude commandée par le réseau Pesticide Action Network, relayée par The Guardian le 2 septembre, révèle qu'entre 402 et 433 millions de cas d'empoisonnement aigu aux pesticides surviennent chaque année chez les agriculteurs et travailleurs agricoles dans le monde, soit environ 46 % de la population agricole mondiale. Publiée dans la revue Frontiers in Public Health à partir de données couvrant 2006 à 2023, elle situe les plus forts taux en Asie du Sud, en Asie du Sud-Est et en Afrique (…) <a href="

Étude mondiale alarmante

Une étude internationale révèle que près de 46 % des agriculteurs dans le monde sont victimes d'intoxication aiguë par les pesticides chaque année. Ce chiffre, issu d'une méta-analyse publiée en 2020 et portant sur 141 pays, souligne l'ampleur d'un problème sanitaire souvent sous-estimé. Les pesticides, substances chimiques utilisées pour protéger les cultures contre les parasites et les maladies, sont au cœur de cette crise. Parmi les plus dangereux, les organophosphorés et les carbamates figurent en tête de liste en raison de leur toxicité élevée pour le système nerveux humain. Les chercheurs ont compilé des données provenant de rapports médicaux, d'enquêtes épidémiologiques et d'études locales, couvrant des régions aussi variées que l'Afrique subsaharienne, l'Asie du Sud-Est et l'Amérique latine. Cette étude met en lumière l'absence de protections adéquates pour les travailleurs agricoles, notamment dans les pays en développement où les réglementations sont moins strictes.

Conséquences sanitaires graves

Les intoxications par les pesticides entraînent des conséquences sanitaires immédiates et parfois irréversibles pour les agriculteurs. Les symptômes les plus fréquents incluent des maux de tête, des nausées, des vertiges, des troubles visuels et des difficultés respiratoires, pouvant aller jusqu'à des comas ou des décès dans les cas les plus graves. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ces intoxications sont responsables d'environ 200 000 décès par an dans le monde, principalement dans les pays à faible et moyen revenu. Les agriculteurs exposés de manière chronique aux pesticides développent également des maladies à long terme, comme des cancers (notamment des lymphomes et des leucémies), des troubles neurologiques ou des problèmes de fertilité. En Inde, par exemple, une étude a montré que les travailleurs agricoles exposés aux pesticides avaient un risque accru de 60 % de développer une maladie chronique par rapport à la population générale.

Manque de protections efficaces

L'étude révèle que les mesures de protection mises en place pour les agriculteurs sont souvent insuffisantes, voire inexistantes. Dans de nombreux pays, les équipements de protection individuelle (EPI) comme les masques, les gants ou les combinaisons sont soit trop coûteux, soit indisponibles, soit mal adaptés aux conditions locales. Par exemple, dans certaines régions d'Afrique, les agriculteurs utilisent des pulvérisateurs à dos sans aucune protection, exposant leur peau et leurs voies respiratoires aux produits chimiques. Les réglementations en matière d'utilisation des pesticides varient considérablement d'un pays à l'autre. Les pays développés, comme ceux de l'Union européenne, imposent des normes strictes sur les types de pesticides autorisés et les doses maximales, tandis que les pays en développement, où la pression pour augmenter la productivité agricole est forte, peinent à faire respecter ces règles. L'absence de formation des agriculteurs sur les risques liés aux pesticides aggrave encore la situation.

Impact économique et social

Les intoxications par les pesticides ont un coût économique et social élevé, tant pour les individus que pour les sociétés. Pour les agriculteurs, une intoxication peut entraîner une perte de revenus due à l'incapacité de travailler, ainsi que des dépenses médicales importantes. Dans les pays où les systèmes de santé sont fragiles, ces coûts sont souvent supportés par les familles, plongeant parfois des ménages dans la pauvreté. À l'échelle macroéconomique, ces intoxications réduisent la productivité agricole et augmentent les dépenses publiques en santé. Par exemple, en Chine, où l'utilisation des pesticides est parmi les plus élevées au monde, les coûts liés aux intoxications agricoles sont estimés à plusieurs milliards de dollars par an. Les communautés rurales sont particulièrement touchées, avec des répercussions sur l'éducation des enfants, qui doivent parfois interrompre leurs études pour aider leur famille.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette crise, plusieurs pistes sont envisagées pour réduire les intoxications par les pesticides. Les experts recommandent en premier lieu le renforcement des réglementations, notamment dans les pays où les normes sont laxistes. Cela passe par l'interdiction des pesticides les plus dangereux, comme le *paraquat*, un herbicide hautement toxique déjà banni dans l'Union européenne mais encore utilisé en Amérique latine et en Asie. La formation des agriculteurs est également cruciale : des programmes éducatifs pourraient leur apprendre à manipuler les produits en toute sécurité, à reconnaître les symptômes d'intoxication et à utiliser des alternatives moins nocives. Enfin, le développement de l'agriculture biologique et de méthodes de lutte intégrée contre les parasites (comme la rotation des cultures ou l'utilisation d'insectes prédateurs) est encouragé pour réduire la dépendance aux pesticides. Des initiatives locales, comme celles menées par des ONG en Afrique, montrent que ces approches peuvent être efficaces.

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