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Les plaques d’adresse bleues émaillées, symbole retrouvé de Montréal

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

L’Atelier Nouvelle Adresse vient de lancer une production de ces plaques longtemps caractéristiques de la métropole..

Plaques bleues emblématiques

Les plaques d’adresse bleues émaillées ont longtemps été un symbole visuel caractéristique des bâtiments de Montréal. Fabriquées en acier recouvert d’émail bleu, ces plaques se distinguent par leurs chiffres blancs en relief. Leur couleur bleue provient d’un pigment à base de cobalt, un métal utilisé depuis des siècles pour obtenir des teintes vives et durables. Ce bleu est d’ailleurs le même que celui employé pour les plaques d’adresse parisiennes, créant ainsi un lien visuel entre deux grandes villes francophones. Ces plaques étaient produites artisanalement et cuites à haute température pour fixer l’émail et lui donner sa résistance aux intempéries. Leur design inclut un biseau, un léger relief sur les bords, qui les rend reconnaissables et leur confère un aspect esthétique soigné.

Origine historique

L’histoire des plaques bleues remonte au début du XXe siècle, en 1905, lorsque Montréal a décidé d’uniformiser la numérotation des adresses pour éviter les confusions. Avant cette réforme, les rues pouvaient porter le même nom dans différentes municipalités, et les numéros de porte étaient souvent improvisés, parfois écrits sur du bois ou du carton. En 1909, la Ville a commencé à vendre ces plaques à 20 sous (l’équivalent de 1 dollar canadien de l’époque) chacune. Leur production s’est intensifiée dans les années 1920, après les fusions municipales et les renumérotations. Ces plaques sont devenues un élément récurrent du paysage montréalais jusqu’aux années 1970, où leur usage a progressivement décliné au profit de solutions plus modernes et moins coûteuses.

Disparition et déclin

À partir des années 1970, les plaques bleues émaillées ont commencé à disparaître des façades montréalaises. Plusieurs facteurs ont contribué à ce déclin : les rénovations de bâtiments, la rouille qui attaquait l’acier, et surtout, le changement des goûts esthétiques qui a favorisé des solutions plus simples et moins chères. En 1979, Montréal possédait encore 15 000 de ces plaques en stock, qu’elle vendait à 10 $ chacune. Cependant, la Ville a progressivement abandonné l’obligation d’utiliser ces plaques uniformes. Aujourd’hui, la réglementation se limite à exiger que le numéro soit visible, contrasté et suffisamment grand, sans imposer de style particulier. Certains arrondissements autorisent même les propriétaires à fabriquer eux-mêmes leurs plaques ou à en acheter dans le commerce.

Nouvelle production artisanale

Face à la disparition des plaques originales et à la médiocrité des reproductions françaises (vendues environ 40 $ l’unité), deux artistes montréalaises, Marie-Michelle Deschamps et Aurélie Guillaume, ont décidé de relancer leur fabrication de manière artisanale. Leur atelier, l’Atelier Nouvelle Adresse, s’est associé au studio de design Principal pour reproduire fidèlement les plaques historiques. Elles utilisent une presse hydraulique pour recréer le relief en biseau original et un émail à base de cobalt pour obtenir une couleur plus vive et proche de l’original. Leur première production compte 1 000 plaques, réalisées en plusieurs cuissons, à un prix de 175 $ l’unité. Ce coût élevé s’explique par la rareté du savoir-faire, le prix de l’acier spécial et l’équipement nécessaire. Les plaques sont actuellement disponibles pour les numéros de 1 à 4 chiffres, mais une version pour les numéros à 5 chiffres est en développement.

Enjeux patrimoniaux

Pour Marie-Michelle Deschamps et Aurélie Guillaume, ces plaques bleues ne sont pas de simples objets fonctionnels, mais un élément clé du patrimoine bâti de Montréal. Elles permettent une cohérence visuelle dans le paysage urbain et rappellent une époque où la ville cherchait à s’unifier esthétiquement. Leur disparition progressive a laissé place à une grande diversité de styles, parfois au détriment de l’harmonie urbaine. Les deux artistes soulignent que leur projet vise à revaloriser ce patrimoine en recréant des plaques fidèles aux originales, tant par leur apparence que par leur technique de fabrication. Leur démarche s’inscrit dans une volonté de préserver l’identité visuelle de Montréal, tout en répondant à une demande croissante des propriétaires souhaitant restaurer l’aspect historique de leurs bâtiments.

Ce que ça pourrait changer

La fermeture en Normandie de l’*Émaillerie normande*, une entreprise familiale fondée en 1840 qui produisait des plaques à bas prix, a accéléré la décision des deux artistes de relancer la production. Cette fermeture a laissé le marché sans alternative abordable, les anciennes plaques restant en stock étant classées comme des *fins de série*. Les reproductions françaises, bien que moins chères (40 $), étaient jugées de moindre qualité par les fondatrices, qui ont préféré investir dans un savoir-faire local et artisanal. Le coût élevé de leur production (175 $) reflète la complexité du processus : temps de fabrication long, coût des matériaux, et expertise rare. Leur projet s’adresse donc à un public prêt à investir dans un objet à la fois esthétique et chargé d’histoire, plutôt qu’à une solution économique de masse.

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