L’Ukraine en guerre peut-elle envisager des élections ?
Mardi 18 août, l’ancien ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, appelait à organiser des élections dans le pays, qui ne connaît plus de cycle électoral depuis l’application de la loi martiale..
L'Ukraine est en guerre depuis 2022, ce qui a conduit à l'instauration de la loi martiale. Cette loi, qui suspend temporairement les droits constitutionnels, interdit normalement l'organisation d'élections en Ukraine depuis cette date. Elle est justifiée par les autorités comme une mesure nécessaire pour assurer la sécurité nationale et la cohésion du pays face à l'invasion russe. Pourtant, mardi 18 août 2026, Mykhaïlo Fedorov, ancien ministre de la Défense ukrainien, a appelé à organiser des élections malgré ce contexte. Cette demande s'inscrit dans un débat plus large sur la légitimité du gouvernement actuel de Volodymyr Zelensky, en place depuis 2019 et dont le mandat devait initialement s'achever en 2024.
La société civile ukrainienne est divisée sur la question des élections. Une partie des citoyens et des acteurs politiques réclame leur organisation pour réaffirmer la légitimité démocratique du pouvoir en place, tandis que d'autres estiment que le contexte de guerre rend cette démarche impossible ou dangereuse. Cette tension s'ajoute à une crise politique latente qui fragilise le gouvernement de Zelensky. Cette crise se manifeste par des désaccords internes, des remaniements ministériels et une perte de confiance progressive dans les institutions. Alexandra Goujon, spécialiste de l'Ukraine à l'Université de Bourgogne, souligne que ces divisions pourraient affaiblir la cohésion nationale et compliquer la gestion de la guerre.
Organiser des élections en Ukraine en temps de guerre représente un défi majeur. Plusieurs obstacles doivent être surmontés pour garantir la transparence et la sécurité du scrutin. D'abord, les garanties logistiques sont complexes : une partie du territoire ukrainien est occupée par la Russie, rendant impossible l'organisation du vote dans ces zones. Ensuite, les garanties sécuritaires sont essentielles, car des attaques russes pourraient perturber le processus électoral ou menacer les électeurs. Enfin, la cybersécurité est un enjeu crucial, car des cyberattaques pourraient cibler les systèmes de vote ou manipuler les résultats. Ces défis expliquent pourquoi aucune élection n'a eu lieu depuis le début de la guerre.
Les élections en Ukraine sont au cœur de la rhétorique russe, qui cherche à discréditer le gouvernement de Zelensky. Moscou affirme régulièrement que le pouvoir ukrainien n'est pas légitime, car il n'a pas été renouvelé par des élections depuis 2019. En organisant un scrutin en temps de guerre, l'Ukraine pourrait donner l'impression de céder à cette pression, tout en risquant de fragiliser davantage sa position internationale. Alexandra Goujon explique que si les élections ne sont pas menées dans des conditions optimales, elles pourraient être perçues comme illégitimes, même par les alliés de l'Ukraine. Cela pourrait affaiblir le soutien occidental et compliquer les négociations de paix.
Le débat sur la légitimité du gouvernement ukrainien est central dans cette discussion. Volodymyr Zelensky, élu en 2019 avec plus de 73 % des voix, a vu son mandat prolongé *de facto* par la loi martiale, qui suspend les cycles électoraux. Certains observateurs estiment que cette situation est temporaire et justifiée par la guerre, tandis que d'autres y voient une dérive autoritaire. Alexandra Goujon précise que la question de la légitimité ne se limite pas à l'Ukraine : elle concerne aussi les partenaires internationaux, qui doivent décider s'ils reconnaissent ou non la validité des institutions ukrainiennes dans ce contexte exceptionnel.

