Entre trafic et tradition, les deux faces de la coca bolivienne 4/5 : Le retour de la droite au pouvoir, synonyme de politiques répressives sur la coca ?
Face à la hausse de la production illégale de coca destinée au narcotrafic, la droite, revenue au pouvoir fin 2025 en Bolivie, adopte une nouvelle stratégie : discours de fermeté et rapprochement politique et financier avec les États-Unis pour renforcer la lutte contre le narcotrafic..
En Bolivie, la droite est revenue au pouvoir à la fin de l’année 2025, avec à sa tête le président Rodrigo Paz. Ce changement politique s’accompagne d’une volonté affichée de renforcer la lutte contre le narcotrafic, notamment en ciblant la production illégale de coca. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur un discours de fermeté et un rapprochement avec les États-Unis, une stratégie qui marque un tournant par rapport aux politiques menées par les gouvernements de gauche précédents. Ce virage s’inscrit dans un contexte où la production de coca destinée au trafic illégal a augmenté, posant un défi majeur pour la sécurité nationale et internationale.
Le gouvernement bolivien a signé un accord de sécurité d’un montant de 20 millions de dollars avec les États-Unis et a réintégré la Bolivie au Bouclier des Amériques, une alliance sécuritaire régionale visant à lutter contre les réseaux criminels internationaux et le narcotrafic. Cet accord a notamment permis le retour de la DEA (Drug Enforcement Administration), l’agence antidrogue américaine, expulsée de Bolivie en 2008 sous le gouvernement d’Evo Morales. Cette collaboration s’est concrétisée par l’extradition vers les États-Unis, quelques heures seulement après sa capture, de Sebastian Marset, un narcotrafiquant uruguayen considéré comme l’un des 5 criminels les plus recherchés au monde. Le président Paz a salué cette opération en déclarant que la Bolivie contribuait ainsi à la sécurité continentale et mondiale.
Sur le terrain, les opérations d’éradication des cultures de coca illégales se poursuivent, souvent en coordination avec les producteurs locaux. Cependant, malgré le changement de gouvernement, les méthodes employées restent similaires à celles mises en place par les gouvernements précédents, qu’ils soient de gauche ou de droite. Gonzalo, un producteur de coca du nord de La Paz, témoigne de cette continuité : selon lui, il n’y a pas eu de changements significatifs depuis les présidents Morales, Arce ou Añez jusqu’à Rodrigo Paz. Cette situation soulève des questions sur l’efficacité réelle des nouvelles politiques répressives et leur impact sur les populations locales, dont la survie dépend en partie de la culture de la coca.
La coca en Bolivie incarne une dualité complexe : elle est à la fois un symbole culturel et traditionnel pour les populations indigènes, utilisée notamment dans des rituels ou comme stimulant naturel, et une ressource économique majeure pour des millions de familles. Cependant, une partie de cette production est détournée vers le narcotrafic, alimentant des réseaux criminels internationaux. Les gouvernements successifs, qu’ils soient de gauche ou de droite, doivent donc concilier ces deux réalités : protéger les traditions locales tout en luttant contre les activités illégales. Les politiques répressives actuelles, bien que renforcées, peinent à résoudre cette équation, laissant planer des doutes sur leur capacité à apporter une solution durable.
Le retour de la droite au pouvoir en Bolivie et sa politique répressive envers la coca soulèvent plusieurs enjeux. D’une part, la collaboration accrue avec les États-Unis pourrait renforcer la lutte contre le narcotrafic à court terme, mais elle suscite aussi des interrogations sur la souveraineté nationale et les méthodes employées. D’autre part, la continuité des opérations d’éradication, malgré les changements politiques, interroge sur l’efficacité de ces mesures et leur impact sur les communautés locales. Enfin, la question de la coca, à la fois ressource traditionnelle et enjeu sécuritaire, reste un défi majeur pour l’avenir de la Bolivie, où les solutions doivent concilier répression, développement économique et respect des cultures locales.

