Le gouvernement en passe de réautoriser la chasse de la tourterelle des bois et du fuligule milouin
Le gouvernement envisage d'autoriser le prélèvement (dit autrement, le tir) de deux espèces d'oiseaux pour la saison de chasse 2026-2027 : la tourterelle des bois et le fuligule milouin, un canard plongeur. Les projets d'arrêtés fixent un quota annuel de 12 000 prélèvements pour la première, et de 5 000 pour le second.
Le gouvernement français envisage de réautoriser la chasse de deux espèces d'oiseaux migrateurs : la tourterelle des bois et le fuligule milouin. La tourterelle des bois, aussi appelée Streptopelia turtur, est un oiseau de taille moyenne reconnaissable à son plumage brun-roux et son chant caractéristique. Le fuligule milouin, ou Aythya ferina, est un canard plongeur au plumage gris et roux, souvent présent en hiver sur les plans d'eau douce. Ces deux espèces sont protégées par la directive européenne sur les oiseaux depuis 2009, qui interdit leur chasse sauf dérogation. Leur statut de protection a été suspendu en 2021 après une décision du Conseil d'État, permettant une chasse limitée à 17 460 oiseaux au total pour la saison 2021-2022, dont 6 000 tourterelles des bois et 11 460 fuligules milouins.
Cette décision s'inscrit dans un débat récurrent entre les partisans de la chasse et les associations de protection de la nature. Le gouvernement, dirigé par Élisabeth Borne à l'époque des faits, a justifié cette réautorisation par la nécessité de trouver un équilibre entre les traditions cynégétiques locales et la préservation des espèces. En 2023, le Conseil d'État avait de nouveau suspendu les dérogations, estimant que les justifications fournies par l'État n'étaient pas suffisantes. Cependant, le ministère de la Transition écologique, dirigé par Christophe Béchu, travaille actuellement sur un nouveau projet de décret pour encadrer cette chasse, en s'appuyant sur des avis scientifiques et des consultations avec les parties prenantes.
Les fédérations de chasseurs, représentées par la Fédération nationale des chasseurs (FNC), défendent cette réautorisation en invoquant plusieurs arguments. Ils soulignent que la chasse de ces espèces est une tradition ancrée dans certaines régions, notamment dans le sud de la France, où elle représente un enjeu culturel et économique local. Selon eux, les populations de tourterelles des bois et de fuligules milouins sont stables ou en légère augmentation, ce qui permettrait une exploitation durable. Ils citent également des études indiquant que ces espèces causent des dégâts aux cultures, notamment les tournesols et les maïs, justifiant ainsi une régulation par la chasse.
Plusieurs associations de protection de la nature, comme LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) et BirdLife International, s'opposent fermement à cette réautorisation. Elles s'appuient sur des rapports scientifiques, notamment ceux de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), qui classent la tourterelle des bois comme espèce quasi menacée en Europe. Selon ces associations, la chasse aggraverait le déclin déjà observé de ces populations, notamment en raison des changements climatiques et de la dégradation de leurs habitats naturels. Elles dénoncent également le manque de transparence dans les consultations menées par le gouvernement et critiquent les méthodes de comptage des populations, jugées insuffisantes.
La chasse de ces espèces est encadrée par la directive européenne Oiseaux (2009/147/CE), qui vise à protéger toutes les espèces d'oiseaux sauvages naturellement présentes sur le territoire européen. Cette directive interdit la chasse des espèces migratrices pendant leur période de reproduction ou de migration, sauf dérogation accordée sous conditions strictes. Pour être valable, une dérogation doit répondre à l'un des motifs suivants : prévention des dommages aux cultures, recherche scientifique, ou gestion des populations pour des raisons écologiques. Le gouvernement français doit donc justifier que la chasse de la tourterelle des bois et du fuligule milouin répond à l'un de ces critères, sous peine de voir sa décision annulée par la justice européenne.
Le ministère de la Transition écologique a annoncé qu'un nouveau projet de décret serait soumis à consultation publique avant la fin de l'année 2024. Ce texte précisera les conditions de la chasse, notamment les quotas, les périodes autorisées et les zones géographiques concernées. Une étude d'impact environnemental sera également réalisée pour évaluer les conséquences de cette mesure sur les populations d'oiseaux. Si le décret est adopté, il devra encore être validé par la Commission européenne, qui pourrait s'opposer à la dérogation si elle estime que les justifications ne sont pas suffisantes. En cas de rejet, la chasse de ces espèces resterait interdite.

