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Sécheresse, incendies

Science & Vie · mis à jour il y a 16 j

Du Xᵉ au XIIIᵉ siècle, une grande partie du monde a connu une période de réchauffement naturel. Ce réchauffement a eu des effets contrastés : essor démographique d’un côté, déclin de certaines civilisations ailleurs.

Un réchauffement naturel

Entre les Xᵉ et XIIIᵉ siècles, une période appelée optimum climatique médiéval a connu des températures supérieures à la normale dans de nombreuses régions du monde. Ce réchauffement s’explique en partie par une augmentation de l’irradiance solaire, c’est-à-dire la quantité d’énergie émise par le Soleil qui atteint la Terre. À cette époque, les éruptions volcaniques, qui peuvent refroidir temporairement le climat, étaient rares. Les températures mondiales étaient alors de 0,3 à 1°C supérieures à la moyenne de la période 1960-1990, qui inclut pourtant l’été caniculaire de 1976 en Europe. Cette hausse des températures n’a pas touché uniformément la planète, ce qui explique pourquoi certains chercheurs préfèrent parler d’anomalie climatique médiévale plutôt que d’un simple réchauffement global.

Sécheresses extrêmes en Europe

En Angleterre et au pays de Galles, le XIIIᵉ siècle a été marqué par des sécheresses prolongées. Par exemple, en 1212, un été exceptionnellement sec a favorisé la propagation du grand incendie de Southwark à Londres, faisant des milliers de morts. En 1252, Matthieu Paris, un moine bénédictin, décrit quatre mois de chaleur et de sécheresse insupportables, sans pluie ni rosée. Les chroniques de l’époque, comme les Annales de Tewkesbury, rapportent que l’herbe était si sèche qu’elle se réduisait en poussière au simple frottement des mains. Ces conditions ont entraîné la disparition des pâturages, le dépérissement du bétail et une recrudescence de maladies comme le paludisme, alors appelé fièvre des marais.

Conséquences agricoles et sociales

Les sécheresses ont provoqué de mauvaises récoltes et des pénuries alimentaires. Les comptes seigneuriaux de l’époque, comme ceux de l’évêché de Winchester, indiquent que le sol était devenu si dur qu’il était impossible de le labourer pendant six semaines. Les chroniqueurs médiévaux rapportent aussi la disparition des poissons dans les rivières et la perte des cultures. Ces difficultés ont eu un impact économique et démographique : entre 900 et 1200, la population de l’Eurasie a presque doublé, passant de 178 à 324 millions d’habitants. Cette période a aussi vu le développement d’une économie marchande monétarisée en Europe, appelée révolution commerciale.

Impacts régionaux contrastés

Le réchauffement médiéval n’a pas eu les mêmes effets partout. Dans l’Atlantique Nord, les conditions étaient si favorables que les Vikings ont pu traverser l’océan et fonder des colonies en Islande, au Groenland et jusqu’au Vinland, en actuelle Terre-Neuve. Le sud-est de l’Angleterre bénéficiait d’un climat doux permettant la culture de la vigne, comme en témoigne le Domesday Book de 1086, qui recense 45 vignobles. En revanche, d’autres régions comme l’ouest des États-Unis ou l’Amérique centrale ont connu des sécheresses sévères, aggravées par la déforestation et la dégradation des écosystèmes. Ces conditions ont contribué au déclin de la civilisation maya classique entre 250 et 900.

Fin brutale du phénomène

L’anomalie climatique médiévale a pris fin au XIIIᵉ siècle avec une période d’instabilité marquée par une éruption volcanique majeure en 1257. Cette éruption, celle du Samalas en Indonésie, a projeté d’énormes quantités de poussières dans l’atmosphère, provoquant des mauvaises récoltes à l’échelle mondiale. Ces événements ont entraîné une grande famine à Londres au Moyen Âge. Le début du XIVᵉ siècle a ensuite été marqué par un changement brutal des conditions météorologiques : des pluies exceptionnellement abondantes et des températures fraîches ont empêché les cultures d’arriver à maturité, déclenchant la Grande Famine de 1315-1317, qui aurait causé la mort d’environ 10 % de la population européenne.

Ce que ça pourrait changer

Le réchauffement climatique médiéval était un phénomène naturel et régional, limité à certaines zones du globe. À l’inverse, le changement climatique actuel est un réchauffement rapide et global, principalement causé par les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Les températures augmentent aujourd’hui à un rythme sans précédent, et des conditions autrefois exceptionnelles deviennent la nouvelle norme. Comme au Moyen Âge, la hausse des températures pourrait favoriser la propagation de maladies comme le paludisme, voire le rendre endémique au Royaume-Uni. Les incendies, liés aux sécheresses prolongées, restent aussi un risque majeur. Cependant, contrairement aux sociétés médiévales, nous disposons aujourd’hui de technologies pour mieux nous préparer, comme des services nationaux de lutte contre les incendies et des systèmes d’alerte rapide.

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