Ormuz, une onde de choc mondiale sur les marchés de l'énergie
Les prix du gaz ont bondi sur les marchés de gros européens à 81 euros le MWh cette semaine, un plus haut depuis 2023 et plus du double d’avant la guerre en Iran. Le conflit au Moyen-Orient déstabilise tous les marchés de l'énergie plongeant dans l'incertitude entreprises et ménages..
Le conflit au Moyen-Orient, déclenché par les États-Unis en février 2026, a provoqué une crise majeure sur les marchés de l'énergie. Le détroit d'Ormuz, une zone stratégique où transite environ un cinquième du commerce mondial de GNL (Gaz Naturel Liquéfié), est particulièrement touché. Les frappes iraniennes ont endommagé une partie des infrastructures d'exportation du Qatar, un des principaux fournisseurs de gaz pour l'Europe et l'Asie. Cette situation a créé une concurrence accrue pour l'approvisionnement, notamment entre l'Europe et l'Asie, qui se tourne désormais vers le GNL américain. Les prix du gaz ont ainsi atteint 81 euros le mégawattheure (MWh) cette semaine, un niveau record depuis 2023 et plus du double des prix observés avant le début de la guerre en Iran. Cette flambée des prix concerne aussi bien le pétrole que ses dérivés (essence, diesel, plastiques) et pourrait impacter le coût de l'électricité.
L'Europe, déjà fragilisée par la guerre en Ukraine, subit de plein fouet cette crise énergétique. Les réserves de gaz des pays européens se remplissent au ralenti : en France, elles atteignent 76 % de leur capacité début septembre 2026, contre seulement 50 % début août, un niveau historiquement bas. L'Allemagne, quant à elle, affiche un taux de remplissage de moins de 56 %, le plus faible depuis 15 ans. L'Union européenne impose un seuil minimal de 85 % pour les réserves avant l'hiver, ce qui n'est pas atteint. La demande reste élevée, notamment en raison de la canicule estivale qui a perturbé la production nucléaire, obligeant les centrales à gaz à prendre le relais. Cette situation a contribué à une hausse des prix de l'électricité, affectant à la fois les entreprises et les ménages. Les gouvernements insistent sur le caractère conjoncturel de cette crise, liée à des perturbations temporaires de l'acheminement, et non à un manque structurel de ressources.
Malgré ses efforts pour réduire sa dépendance énergétique, l'Europe continue d'importer massivement du GNL russe, même si elle prévoit une sortie progressive à partir du 1er janvier 2027. Cette dépendance s'explique par la difficulté à se procurer des cargaisons alternatives, notamment en raison de la concurrence accrue avec l'Asie. Les opérateurs du marché énergétique assurent que cette crise n'est pas structurelle, mais liée à des perturbations temporaires. Cependant, la volatilité des prix inquiète de plus en plus d'entreprises, qui sollicitent des conseils pour optimiser leurs achats d'énergie. Les hausses de prix pourraient entraîner une perte de compétitivité pour les industries et une augmentation des coûts pour les consommateurs. Les observateurs craignent que l'accumulation de chocs en 2026 (conflits, canicule, crise d'Ormuz) ne rende l'hiver 2026-2027 particulièrement difficile.
L'entrée dans l'hiver 2026-2027 suscite des inquiétudes en raison de la conjonction de plusieurs facteurs : la crise d'Ormuz, la guerre en Ukraine, les perturbations climatiques et la dépendance aux importations de gaz. La Commission de régulation de l'énergie tente de rassurer en soulignant que les réserves se remplissent progressivement, mais le rythme reste insuffisant pour atteindre les objectifs de l'Union européenne. Les centrales à gaz, sollicitées cet été en raison de la canicule, pourraient encore être nécessaires pour compenser les baisses de production nucléaire. Les ménages et les entreprises pourraient donc subir des hausses de prix supplémentaires, avec des répercussions sur le pouvoir d'achat et la compétitivité économique. Les spécialistes, comme Hassan Yatim du cabinet Capitole Énergie, estiment que la situation reste très volatile et difficile à anticiper.

