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Culture

La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 8/25 : Les enfants perdus du franquisme

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 22 j

C'est une zone d'ombre de la dictature franquiste : le vol institutionnalisé d'enfants des républicains par le régime. Une affaire d'Etat et de mémoire nationale que la journaliste catalane Montserrat Armengou nous raconte dans cet épisode de la série sur la Guerre d'Espagne en 2004..

Une affaire d'État

L'épisode 8/25 de la série La mémoire des vaincus aborde une pratique méconnue de la dictature franquiste en Espagne : le vol institutionnalisé d'enfants nés de parents républicains, opposants au régime de Franco. Cette politique, menée entre les années 1930 et les années 1950, visait à arracher ces enfants à leurs familles pour les confier à des familles ou institutions religieuses jugées plus sûres par le régime. Le terme républicains désigne ici les partisans de la Seconde République espagnole (1931-1939), renversée par le coup d'État franquiste en 1936. Ce système, organisé à l'échelle nationale, était justifié par le régime comme une mesure de protection contre l'influence politique des parents, considérés comme des rouges ou des virus républicains. Les chiffres exacts de ces enlèvements restent difficiles à établir, mais les estimations évoquent des milliers d'enfants concernés.

Le travail de Montserrat Armengou

Montserrat Armengou, journaliste catalane née en 1963, a consacré une partie de sa carrière à documenter ce scandale. Dans cet épisode, elle explique comment le régime franquiste a systématiquement retiré des enfants à leurs mères emprisonnées pour leurs idées politiques. Ces mères, qualifiées de résistantes ou d'opposantes, étaient souvent accusées de trahison ou de subversion. Armengou a réalisé un documentaire intitulé Los niños perdidos del franquismo (Les enfants perdus du franquisme) en collaboration avec Ricard Belis i Garcia, afin de révéler cette pratique au grand public. Son travail s'inscrit dans une démarche de travail de mémoire, essentiel pour les sociétés qui souhaitent tourner la page d'un passé autoritaire et construire une démocratie apaisée.

Un devoir de mémoire

Armengou souligne que, même après la fin du franquisme en 1975 et l'avènement de la démocratie en Espagne, cette période reste un sujet sensible. En 2004, date de la diffusion de ce podcast, la société espagnole était encore réticente à aborder franchement ces questions, par peur de raviver des tensions ou de remettre en cause la stabilité politique. Le concept de devoir de mémoire désigne ici l'obligation morale de se souvenir des injustices passées pour éviter qu'elles ne se reproduisent. Ce travail de mémoire est particulièrement important dans les pays ayant connu des régimes autoritaires, où les archives et les témoignages permettent de rétablir la vérité historique et de rendre justice aux victimes.

Les conséquences humaines

Les enfants volés sous le franquisme ont souvent grandi sans connaître leurs origines, séparés de leurs familles biologiques et élevés dans des milieux qui leur étaient étrangers. Certains n'ont découvert leur histoire que des décennies plus tard, grâce à des recherches personnelles ou à des enquêtes journalistiques comme celle d'Armengou. Ce drame illustre les conséquences durables des politiques autoritaires sur les individus et les familles. Les victimes de ces enlèvements, aujourd'hui âgées de plus de 70 ans, continuent de chercher des réponses sur leur identité et leurs origines. Leur histoire rappelle l'importance de préserver la mémoire collective pour éviter que de telles pratiques ne se reproduisent.

Ce que ça pourrait changer

Ce podcast s'inscrit dans un contexte plus large de révélations sur les crimes du franquisme, qui ont émergé progressivement depuis les années 1990. En 2004, date de diffusion de cet épisode, ces affaires commençaient à être reconnues comme des scandales nationaux, bien que les mécanismes de réparation restent limités. Le terme *scandale national* désigne ici une affaire qui touche l'ensemble de la société espagnole et qui remet en cause les fondements mêmes du régime franquiste. Les travaux d'Armengou et d'autres journalistes ont contribué à faire reconnaître l'ampleur de ces crimes, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les investigations pour identifier les responsables et rendre justice aux victimes.

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