En Californie, Berkeley instaure une “zone zéro” pour protéger les maisons du feu
Créer autour des habitations un périmètre protecteur, débarrassé des matériaux combustibles : telle est l’idée de la “zone zéro” expérimentée en Californie, et plus particulièrement dans la ville pionnière de Berkeley. Retirer la végétation ne va pourtant de soi ni pour les habitants ni pour les experts, divisés sur les bienfaits de la mesure.
La ville de Berkeley, située dans la baie de San Francisco en Californie, est l’une des zones les plus exposées aux feux de forêt aux États-Unis. Nichée entre une étendue sauvage et des habitations, elle subit régulièrement des incendies dévastateurs. Ces derniers années, les feux se sont multipliés et intensifiés, notamment en raison du changement climatique et de l’urbanisation croissante en zones à risque. Les habitants, comme Michel Thouati, propriétaire d’une maison en bordure de crête, vivent avec cette menace constante. En 2025, des incendies comme ceux d’Eaton, dans le comté de Los Angeles, ont illustré la rapidité et la violence de ces catastrophes, ravageant des quartiers entiers en quelques heures.
Face à cette urgence, la ville de Berkeley a mis en place une mesure appelée « zone zéro », inspirée par des recherches scientifiques. Cette réglementation impose de dégager un périmètre de 1,50 mètre autour des habitations dans les zones à haut risque. L’objectif est d’éliminer tout matériau combustible, comme la végétation dense ou les feuilles mortes, pour empêcher les braises transportées par le vent de s’y enflammer. Cette approche repose sur le principe que les incendies de forêt, en se propageant, peuvent embraser des structures voisines si celles-ci sont entourées de végétation inflammable. Berkeley est l’une des premières villes à tester cette méthode, qui vise à créer une barrière de sécurité passive autour des maisons.
L’application de la « zone zéro » rencontre une forte opposition parmi les résidents. Beaucoup, comme Michel Thouati, ont dû se séparer de plantes qu’ils cultivaient depuis des années, comme un figuier ou un kaki. Cette mesure soulève des questions sur la perte de biodiversité locale et l’impact esthétique sur les jardins. Certains habitants et experts critiquent la méthode, estimant qu’elle pourrait être inefficace ou même contre-productive. Les débats portent aussi sur l’équilibre entre sécurité et respect du cadre de vie. Malgré ces résistances, la ville a commencé à appliquer la réglementation en mars 2026, sous la pression des incendies récurrents.
La « zone zéro » divise les spécialistes de la gestion des risques. Ses défenseurs soulignent que cette approche, combinée à d’autres mesures de prévention, peut réduire significativement le risque d’incendie pour les habitations. Ils citent des études montrant que les végétaux secs ou les débris organiques agissent comme des combustibles supplémentaires lors des incendies. Cependant, ses détracteurs mettent en garde contre une vision trop simpliste du problème. Ils rappellent que les feux de forêt sont des phénomènes complexes, influencés par des facteurs comme la sécheresse, les vents violents ou la gestion des forêts. Certains estiment que la « zone zéro » ne suffit pas à elle seule à protéger les maisons.
La Californie est un État particulièrement vulnérable aux incendies, en raison de son climat méditerranéen caractérisé par des étés secs et chauds, ainsi que par des vents puissants comme le *Santa Ana*. Ces conditions favorisent la propagation rapide des feux, surtout dans les zones où l’urbanisation empiète sur les espaces naturels. Les autorités locales cherchent des solutions pour limiter les dégâts, d’autant que les incendies coûtent des milliards de dollars en destructions et en coûts de reconstruction. Berkeley, avec sa *« zone zéro »*, fait partie des villes pionnières dans l’expérimentation de nouvelles stratégies de prévention, dans un contexte où les solutions traditionnelles (comme les coupes de forêt) montrent leurs limites.

