Meurtre d’une aînée par un mineur : la fille de la victime dénonce une peine trop clémente
L’adolescent, âgé de 14 ans lors du crime, avait plaidé coupable d’un chef de meurtre prémédité, en avril..
Un adolescent de 14 ans a été condamné à une peine de 10 ans de prison pour le meurtre prémédité d'Eleanor Doney, une dame de 83 ans, survenu le 29 mai 2025 à Pickering, en Ontario. La sentence, prononcée le mercredi par la juge Lisa Wannamaker de la Cour supérieure de l'Ontario, inclut un crédit d'un an pour le temps déjà passé en détention préventive. Cela signifie que le jeune meurtrier purgera 6 ans de sa peine dans un centre pour jeunes délinquants, puis 4 ans sous supervision dans la communauté. La Couronne et la défense avaient initialement proposé une peine conjointe de 10 ans, mais elles divergeaient sur le crédit accordé. La juge a justifié sa décision en soulignant les efforts de réinsertion du mineur en détention, notamment sa participation à des programmes de réinsertion.
Eleanor Doney a été poignardée à multiples reprises dans son jardin à Pickering, alors qu'elle jardinaient. Les caméras de surveillance ont capté l'adolescent masqué, vêtu de noir, s'approcher de la victime avec une mallette avant de sortir un couteau pour la frapper. L'arme a été retrouvée sur place, et le jeune a été arrêté le même jour à 20h. Une perquisition à son domicile a révélé des éléments troublants : un ordinateur contenant des recherches sur les meurtres en série, le harcèlement, l'utilisation d'un couteau et des moyens d'échapper à la surveillance. Une conversation en ligne mentionnait aussi son intention de tuer des personnes, dont sa grand-mère, et des animaux. Ces éléments suggèrent une préméditation claire du crime.
L'adolescent, dont l'identité est protégée par la loi, est né au Canada de parents pakistanais. Son père a quitté le foyer familial pour travailler aux États-Unis quand il avait 5 ans. Avant son arrestation, il vivait avec sa mère, sa grand-mère et deux frères aînés, partageant la même chambre que cette dernière, avec qui la relation était tendue en raison de la barrière linguistique (ourdou). Il souffre d'autisme, de troubles d'apprentissage et d'un trouble dépressif avec une composante psychotique. Les psychiatres ont noté qu'il présentait un risque faible à modéré de récidive dans les six prochains mois, mais aussi une piètre introspection sur son acte et des remords inconstants. Il a expliqué avoir ressenti un désir de commettre un meurtre avant l'acte, sans consommation de substances ce jour-là.
La fille d'Eleanor Doney, Judy Kirwin, a dénoncé la peine jugée trop clémente, s'interrogeant sur la possibilité de réintégrer un meurtrier dans la société après seulement six ans de prison. Elle a critiqué le système judiciaire, estimant qu'il échoue à protéger la communauté en sous-estimant la capacité des jeunes à distinguer le bien du mal. Son conjoint, Peter Kirwin, a adopté une position plus nuancée, reconnaissant un mélange de colère, de vengeance et de compassion envers le meurtrier, tout en soulignant la cruauté du crime. Il a exprimé l'espoir que le plan d'intervention pour le jeune porte ses fruits, tout en s'interrogeant sur les lacunes ayant permis ce drame, comme la suspension scolaire du mineur pour avoir apporté un couteau.
La juge Lisa Wannamaker a justifié sa décision en invoquant plusieurs facteurs atténuants, comme le plaidoyer de culpabilité du mineur, ses problèmes de santé mentale et son potentiel de réinsertion. Elle a également pris en compte des facteurs aggravants : la préméditation du meurtre, la vulnérabilité de la victime et l'impact profond du crime sur la famille et la communauté. La juge a estimé que la peine était proportionnelle à la gravité du crime, conforme à la jurisprudence canadienne pour des délits similaires et respectueuse des principes de protection du public, de dénonciation et de dissuasion. Elle a averti le jeune qu'il retournerait en détention en cas de non-respect des conditions de sa libération conditionnelle.
La famille Doney a demandé à la province de l'Ontario d'ouvrir une enquête du coroner pour comprendre les circonstances ayant conduit à ce meurtre et éviter qu'un drame similaire ne se reproduise. Cette demande s'appuie sur les rapports psychiatriques révélant que le jeune avait été suspendu de son école pour avoir apporté un couteau, fréquentait des sites violents en ligne et maintenait des relations superficielles avec ses pairs. La juge a cité ces éléments pour souligner les lacunes potentielles dans le suivi des mineurs à risque. L'enquête vise à examiner les mesures de prévention et de protection mises en place avant et après l'incident, ainsi que les responsabilités des institutions impliquées.

