Maintien de l’ordre, une histoire française : De l’Algérie à la Guadeloupe
Dans les années 1950 et 1960, le gouvernement français assure un maintien de l’ordre colonial en Algérie et en Guadeloupe. Face aux mobilisations, les forces de l’ordre n’hésitent pas à tirer sur la foule pour réprimer les revendications.
Dans les années 1950 et 1960, la France maintient un ordre colonial en Algérie et en Guadeloupe, deux territoires alors considérés comme des départements français. L'Algérie est intégrée à la France depuis 1848, tandis que la Guadeloupe devient un département en 1946, après la Seconde Guerre mondiale. Ces statuts administratifs visent à renforcer le contrôle français sur ces régions, malgré des mouvements indépendantistes croissants. Les forces de l'ordre déployées, comme la gendarmerie mobile, les compagnies de CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) et l'armée, sont les mêmes que celles utilisées en métropole. Leur mission principale est de réprimer toute contestation pour préserver la domination coloniale française.
En Algérie, les mouvements nationalistes et indépendantistes sont violemment réprimés par les forces françaises. Plusieurs épisodes marquants illustrent cette répression : en 1945, 1947 et 1960, des manifestations pacifiques se soldent par des massacres. Par exemple, en 1945, des milliers de manifestants algériens sont tués par l'armée française à Sétif, Guelma et Kherrata. Ces événements, souvent qualifiés de bains de sang, montrent une stratégie systématique de violence d'État pour écraser les revendications. Ces méthodes s'inscrivent dans une logique de lutte contre-insurrectionnelle, visant à éliminer toute opposition à la présence française.
Le 17 octobre 1961, entre 20 000 et 30 000 Algériens et Algériennes manifestent pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire imposé par le préfet de police Maurice Papon. Ce couvre-feu, instauré le 5 octobre 1961, cible spécifiquement les Algériens, considérés comme des indésirables. La répression est brutale : plus d'une centaine de manifestants sont tués par la police parisienne, certains corps étant jetés dans la Seine pour les faire disparaître. Ce massacre s'inscrit dans la politique de lutte contre-insurrectionnelle menée par la préfecture de police, alors que l'indépendance de l'Algérie approche.
En Guadeloupe, la répression coloniale s'exerce également contre les mouvements indépendantistes, notamment le Gong (Groupe d'Organisation Nationale de la Guadeloupe). En mai 1967, une grève des ouvriers du bâtiment déclenche une émeute. Un jeune militant, Jacques Nestor, est tué par une compagnie de CRS, provoquant une escalade de violences. Pour rétablir l'ordre, les forces de l'ordre, dirigées par le préfet Pierre Bolotte, ouvrent le feu avec des mitraillettes. Le bilan exact des morts de Mai 67 reste inconnu à ce jour, mais les historiens parlent de crimes d'État et œuvrent au travail de mémoire pour reconnaître ces violences.
Les stratégies de maintien de l'ordre en Algérie et en Guadeloupe reposent sur une combinaison de forces policières et militaires, avec une utilisation systématique de la violence. Les méthodes incluent des tirs à balles réelles sur des manifestants pacifiques, des couvre-feux discriminatoires, et des opérations de lutte contre-insurrectionnelle pour démanteler les mouvements indépendantistes. Ces pratiques visent à imposer un contrôle strict et à étouffer toute velléité de révolte. Les acteurs clés incluent les préfets, les CRS, la gendarmerie mobile et l'armée, tous agissant sous l'autorité de l'État français.
Les violences commises en Algérie et en Guadeloupe restent largement méconnues ou minimisées en France métropolitaine. Pourtant, des historiens et historiennes, comme Emmanuel Blanchard et Karine Sitcharn, travaillent à documenter ces *crimes d'État* et à faire reconnaître leur caractère systémique. En Guadeloupe, des initiatives comme la fresque en hommage aux victimes de Mai 1967, inaugurée en 2007 à Pointe-à-Pitre, participent à ce travail de mémoire. Ces efforts visent à briser le silence autour de ces événements et à rendre justice aux victimes de la répression coloniale.

