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Économie

Blocages des lycées : la jeunesse percute la campagne présidentielle

LVSL · mis à jour 5 oct.

La rentrée scolaire avait à peine débuté que les lycéens de France ont exprimé leur colère face à un sentiment d’abandon et de mépris de la part du gouvernement. Une grogne aux racines profondes qui rappelle des épisodes précédents.

Mouvement lycéen 2026

En septembre 2026, les lycéens français ont lancé un mouvement de blocage des établissements scolaires pour protester contre des conditions d’études jugées insupportables. Ce mouvement, parti des banlieues populaires d’Île-de-France comme Créteil ou Saint-Denis, s’est rapidement étendu à d’autres régions et commence à toucher les universités. Les jeunes dénoncent un sentiment d’abandon par le gouvernement et un mépris perçu à leur égard. Leur colère s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sociales, avec une croissance économique nulle, un chômage en hausse, une flambée des prix des carburants et l’abandon des politiques écologiques face au changement climatique. Le gouvernement répond principalement par la répression et des accusations visant le parti La France insoumise, qui tente de capitaliser sur cette mobilisation pour sa campagne présidentielle.

Bâtiments scolaires vétustes

Les lycées des quartiers défavorisés, notamment en Île-de-France, souffrent de bâtiments scolaires en très mauvais état. Par exemple, au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis et au lycée Blaise-Cendrars de Sevran, des vidéos montrent des plafonds qui s’effondrent, des rats, des fuites d’eau et un manque de mobilier comme des chaises ou des tables. À Bagnolet, une eau trouble contenant des matières fécales sort des robinets depuis des mois sans que les responsables n’informent les usagers. Ces problèmes illustrent l’état général du bâti scolaire français, inadapté aux événements climatiques extrêmes. En mai 2026, 78 % des 623 collèges et lycées interrogés par le syndicat SNES-FSU dépassaient les 30 °C, et 20 % dépassaient même 33 °C. Les canicules de 2026 ont provoqué des malaises chez les élèves et les enseignants, forçant la fermeture de centaines d’établissements et le report d’épreuves du baccalauréat. Seulement 21 % des établissements avaient prévu des mesures contre les fortes chaleurs à la rentrée, et le coût de rénovation est estimé entre 40 et 50 milliards d’euros.

Manque de personnel enseignant

Le métier d’enseignant en France traverse une crise majeure, marquée par une faible attractivité et un turnover important. En 2026, un établissement sur deux comptait au moins un professeur absent, et 9 % des heures de cours étaient perdues au collège en 2023-2024 (11 % dans les zones prioritaires). Cette situation s’explique par plusieurs facteurs : des salaires jugés trop bas, avec 75 % des enseignants estimant leur rémunération insuffisante, et une rémunération moyenne inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE (seulement 4 % des enseignants français estiment que leur métier est valorisé dans la société). La réforme récente du recrutement, qui a permis de pourvoir 91 à 92 % des postes ouverts, n’a pas encore d’effet immédiat car les nouveaux enseignants doivent suivre une formation de deux ans avant d’enseigner. Par ailleurs, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et les infirmières scolaires sont également en nombre insuffisant : 50 000 élèves attendent un AESH en 2025, et il n’y avait que 7 700 infirmières scolaires pour 12 millions d’élèves en 2023.

Inégalités entre établissements

Les conditions d’enseignement varient fortement selon les établissements, reflétant des inégalités sociales profondes. Les académies de Créteil et Versailles, qui couvrent des départements populaires autour de Paris, peinent à attirer des enseignants qualifiés. Les professeurs débutants y sont souvent affectés en attendant une mutation, ce qui entraîne un turn-over élevé et des conditions d’apprentissage dégradées. L’indice de position sociale (IPS), calculé par le ministère de l’Éducation nationale en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des parents d’élèves, révèle une forte reproduction sociale : la corrélation entre origine sociale et réussite scolaire en France est l’une des plus fortes de l’OCDE. Les écarts sont encore plus marqués entre l’enseignement public et privé. En 2022, 40 % des élèves du privé sous contrat étaient issus de milieux très favorisés, contre 20 % dans le public, tandis que 18 % des élèves du privé étaient défavorisés, contre 42 % dans le public. Pourtant, l’État finance massivement le privé sous contrat : 8,5 milliards d’euros par an, auxquels s’ajoutent 1,5 milliard des collectivités locales, soit 75 % des dépenses de ces établissements.

Réformes controversées

Le gouvernement a mis en place plusieurs réformes qui ont alimenté la colère des lycéens et des enseignants. Parmi elles, le choc des savoirs, lancé par Gabriel Attal en 2023, prévoyait la création de groupes de niveau pour séparer les élèves selon leurs résultats. Cette mesure, critiquée pour son aspect de tri social et son inefficacité, a été abrogée début 2026. Une autre réforme, l’interdiction du port de l’abaya à l’école, a aussi suscité des polémiques. Officiellement justifiée par le principe de laïcité, cette mesure a été perçue comme une cible discriminatoire envers les musulmanes, car elle a conduit à des interprétations inégales selon les établissements. Enfin, des suppressions de postes et des réductions budgétaires aggravent la situation : 3 256 postes d’enseignants ont été supprimés en 2026, et 40 millions d’euros ont été retirés du plan de rénovation thermique des écoles, soit deux tiers de l’enveloppe initiale, en pleine canicule.

Ce que ça pourrait changer

Le gouvernement actuel, composé de ministres ayant souvent suivi un parcours scolaire dans des établissements privés d’élite, est accusé de méconnaître la réalité de l’école publique. Par exemple, l’ancienne ministre Amélie Oudéa-Castéra a justifié le placement de ses enfants dans un lycée privé très bourgeois, le lycée Stanislas à Paris, en raison de l’absentéisme des professeurs dans le public. Son prédécesseur, Gabriel Attal, a lui-même étudié à l’École alsacienne, un autre établissement privé huppé du 6ᵉ arrondissement de Paris. Ce *séparatisme social* se traduit par des politiques publiques qui favorisent indirectement le secteur privé, malgré des inégalités croissantes. Par exemple, les collectivités locales ont distribué plus de 1,2 milliard d’euros de subventions supplémentaires au privé entre 2016 et 2023, alors que ces établissements sont déjà bien dotés. Ces choix politiques renforcent les disparités entre établissements et alimentent le sentiment d’abandon des lycéens des quartiers populaires.

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