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Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser.

Next.ink · mis à jour il y a 28 j

Doctolib va utiliser par défaut les données de ses utilisateurs pour des projets de R&D. Considérant le faire dans son intérêt légitime, l’entreprise a seulement mis en place un formulaire permettant de s’y opposer (procédure d’opt-out).

Doctolib utilise vos données

Doctolib, une plateforme française de prise de rendez-vous médicaux en ligne qui compte environ 60 millions de comptes en 2021, a annoncé vouloir utiliser les données de ses utilisateurs pour des projets de recherche et développement (R&D) en intelligence artificielle (IA). Cette utilisation se fera par défaut, c'est-à-dire sans demander explicitement le consentement des utilisateurs. L'entreprise justifie cette décision en invoquant son intérêt légitime à mener des recherches scientifiques pour améliorer les soins, en s'appuyant sur la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Cette méthodologie encadre les traitements de données personnelles à des fins d'étude ou de recherche, à condition qu'ils ne concernent pas directement la personne humaine. Le projet, baptisé Améliorer les parcours de soins grâce à l'IA, débutera en août 2026 et impliquera une collaboration avec trois institutions scientifiques françaises : Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et l'Université Paris Cité.

Méthodologie et cadre légal

Doctolib s'appuie sur l'article 6.1.f du RGPD (Règlement général sur la protection des données), qui autorise le traitement des données personnelles si celui-ci est nécessaire pour des intérêts légitimes poursuivis par l'entreprise, sauf si ces traitements portent atteinte aux droits et libertés fondamentaux des personnes concernées. La méthodologie MR-004 de la CNIL impose des règles strictes pour encadrer ces traitements : seuls les personnels de recherche travaillant dans un lieu de recherche peuvent conserver le lien entre les noms des patients et leurs données, et ces derniers doivent être informés de l'utilisation de leurs données. Cependant, Doctolib n'a pas demandé de consentement explicite à ses utilisateurs, ce qui lui permet d'utiliser un volume plus important de données pour ses recherches. La CNIL n'a pas encore confirmé si Doctolib a respecté toutes les formalités préalables requises pour ce type de projet.

Comment refuser l'utilisation de vos données

Pour s'opposer à l'utilisation de leurs données personnelles dans les projets de R&D de Doctolib, les utilisateurs peuvent remplir un formulaire d'opt-out (procédure de refus) disponible en ligne. Ce formulaire ne nécessite pas de connexion à un compte Doctolib et demande uniquement le prénom, le nom et la date de naissance de la personne concernée. En remplissant ce formulaire, les utilisateurs peuvent faire appliquer l'article 56 de la loi française de 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, qui leur permet de s'opposer à la réutilisation de leurs données. Cependant, cette démarche repose sur une action active de l'utilisateur, ce qui signifie que les données seront utilisées par défaut si le formulaire n'est pas rempli. Doctolib précise que chaque personne doit remplir le formulaire individuellement pour s'opposer à l'utilisation de ses données ou de celles d'une personne dont elle est le représentant légal.

Contexte et enjeux économiques

Doctolib a investi 20 millions d'euros dans son laboratoire d'IA clinique et prévoit de consacrer 160 millions d'euros à ses projets d'IA en 2026. En novembre 2025, l'entreprise a écopé d'une amende de 4,665 millions d'euros de l'Autorité de la concurrence pour abus de position dominante. Doctolib se positionne comme un acteur majeur dans le domaine de la santé numérique et affirme vouloir rivaliser avec des géants comme Google, Anthropic et OpenAI, notamment avec son application ChatGPT Health. L'entreprise insiste sur le fait qu'elle ne livrera pas les informations de ses utilisateurs aux grands acteurs de l'IA, mais cette affirmation n'a pas été vérifiée par une autorité indépendante. Ces projets soulèvent des questions sur la protection des données de santé, un sujet sensible en France où la santé est un domaine historiquement géré par des institutions publiques.

Ce que ça pourrait changer

Les pratiques de Doctolib suscitent des réactions critiques de la part des utilisateurs et des observateurs. Certains soulignent que la prise de rendez-vous médicaux devrait être un *service public*, géré par des institutions comme Ameli.fr, plutôt que par une entreprise privée dont l'objectif principal est le profit. D'autres s'inquiètent du monopole de Doctolib et de son refus de migrer vers des *clouds de confiance*, c'est-à-dire des infrastructures cloud certifiées pour leur sécurité et leur conformité aux réglementations européennes. Plusieurs utilisateurs ont également pointé les limites du formulaire d'opt-out, notamment son manque de lien avec les comptes Doctolib et la difficulté à identifier précisément les personnes concernées en cas d'homonymie ou de données similaires.

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