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Culture

Les arbres sont plus timides que vous ne le pensez

France Culture - Savoirs · mis à jour 23 sept.

Pourquoi les cimes des arbres évitent-elles de se toucher ? Les arbres garderaient-ils volontairement leurs distances ? Des mangroves du Costa Rica aux forêts tropicales, cette étrange "timidité des cimes " intrigue les botanistes depuis près d'un siècle..

Phénomène des cimes

En observant une forêt, on remarque parfois que les cimes des arbres, c'est-à-dire leurs parties supérieures couvertes de feuilles, ne se touchent pas et dessinent un puzzle dans le ciel. Ce phénomène, appelé timidité des cimes, intrigue les botanistes depuis près d'un siècle. Il se manifeste aussi bien entre arbres de la même espèce qu'entre espèces différentes. Les espaces entre les couronnes des arbres, visibles depuis le sol, posent la question de leur origine : s'agit-il d'un simple hasard ou d'un comportement délibéré des arbres ?

Hypothèse mécanique

En 1984, le botaniste Francis Putz et son équipe étudient des mangroves au Costa Rica et observent que les branches des palétuviers, un type d'arbre poussant dans les zones côtières, oscillent sous l'effet du vent. Ces mouvements répétés provoquent des collisions entre les branches voisines, endommageant les bourgeons, les feuilles et les jeunes rameaux. Ces chocs entraînent l'arrêt de la croissance des branches concernées. Au fil des années, ces interactions mécaniques sculptent des espaces entre les couronnes des arbres, donnant naissance à la timidité des cimes. Cette première hypothèse repose donc sur l'effet abrasif du vent et des mouvements des branches.

Architecture vivante

Dans les années suivantes, le botaniste Patrick Blanc explore les forêts de Guyane et du Cameroun à l'aide d'un outil innovant : le radeau des cimes. Cet appareil permet d'observer les arbres depuis leur sommet et révèle que la timidité des cimes ne s'explique pas uniquement par des collisions. En effet, les espaces entre les arbres existent aussi à l'intérieur d'une même couronne, entre des petits groupes de feuillage appelés cimettes. Contrairement à l'hypothèse mécanique, aucune blessure n'est visible dans ces cas. La couronne d'un arbre est en réalité une structure en perpétuelle évolution : elle produit de nouvelles pousses, en abandonne d'autres et perd des rameaux. Les pousses périphériques, moins exposées à la lumière, disparaissent plus facilement car elles fournissent moins d'énergie. Ce processus naturel individualise progressivement les îlots de feuillage et contribue à la formation des espaces observés.

Preuves expérimentales

En 2006, des chercheurs canadiens mènent une expérience pour tester l'hypothèse mécanique. Ils attachent des pins entre eux afin de limiter leur balancement sous l'effet du vent. Six ans plus tard, les résultats montrent que les couronnes des arbres ainsi fixés ont davantage poussé latéralement, et que les espaces les séparant ont commencé à se refermer. Cette observation renforce l'idée que la timidité des cimes est en partie liée aux mouvements des branches et aux collisions qu'ils provoquent. Empêcher ces mouvements naturels a donc fait reculer le phénomène, confirmant l'importance de l'aspect mécanique dans son explication.

Ce que ça pourrait changer

L'article présente deux explications principales à la timidité des cimes : une origine mécanique, liée aux collisions entre branches sous l'effet du vent, et une origine architecturale, liée à la croissance naturelle et dynamique des arbres. Bien que ces deux mécanismes puissent coexister, les observations et expériences menées suggèrent que l'aspect mécanique joue un rôle central. Cependant, l'architecture vivante des arbres, en perpétuelle adaptation, contribue également à façonner les espaces entre les couronnes. Ainsi, la timidité des cimes résulte probablement d'une combinaison de ces facteurs, illustrant la complexité des interactions au sein des écosystèmes forestiers.

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