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Comment le Maroc est en train de faire pivoter l'Afrique vers l'Atlantique

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 13 j

Avec le projet d'un gazoduc transafricain, le Maroc entend devenir un hub énergétique stratégique entre l'Afrique et l'Europe. Ce chantier d'envergure témoigne de la volonté du pays de diversifier ses partenariats économiques.

Un projet gazier ambitieux

Le Maroc a lancé officiellement le 19 juillet 2026, lors d’un sommet de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), un projet de gazoduc transafricain reliant le Nigeria au Maroc en traversant 11 pays africains situés sur la façade atlantique. Ce mégaprojet, estimé à 25 milliards de dollars, vise à redessiner les rapports d’influence en Afrique en faisant du Maroc la première puissance atlantique du continent. Si le gazoduc est achevé, il permettrait au Maroc de devenir un hub énergétique stratégique entre l’Afrique et l’Europe, tout en renforçant ses liens avec les pays d’Afrique subsaharienne. La première phase de construction est prévue pour 2028, avec des livraisons de gaz attendues dès 2031.

Deux tracés en compétition

Le Maroc et l’Algérie sont engagés dans une compétition pour le contrôle des flux de gaz en Afrique. L’Algérie propose depuis les années 2000 un gazoduc reliant son gisement d’Hassi R’Mel au Nigeria, en passant par le Niger. Cependant, ce tracé traverse des régions instables du Sahel, marquées par des risques terroristes et politiques, ce qui décourage les investisseurs. Le projet marocain, en revanche, longe la côte atlantique, évitant ces zones à haut risque. Bien que les deux projets aient des coûts élevés et des défis logistiques, le Maroc semble avoir pris l’avantage en obtenant le soutien des pays traversés et en sécurisant un financement international.

Un gazoduc de 6 000 km

Le gazoduc transafricain marocain s’étendrait sur 6 000 kilomètres, avec une capacité équivalente à un peu plus de la moitié de celle du Nord Stream (le gazoduc reliant la Russie à l’Europe avant son sabotage en 2022). La gouvernance du projet serait basée au Nigeria, mais c’est une société marocaine qui superviserait sa construction et son exploitation. Ce gazoduc permettrait au Maroc de relancer le gazoduc Maghreb-Europe, une infrastructure historique reliant le Maroc à l’Europe via l’Algérie, mais interrompue en 2021 en raison de la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Alger. Le Maroc espère ainsi renforcer son rôle de plateforme énergétique entre l’Afrique et l’Europe.

Enjeux politiques et économiques

Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large du Maroc pour diversifier ses partenariats économiques et renforcer son influence en Afrique. En devenant un hub énergétique, le pays pourrait consolider ses relations avec les États d’Afrique de l’Ouest et centrale, tout en sécurisant un accès privilégié au marché européen. Cependant, le projet n’est pas sans risques : inflation pouvant faire exploser le budget initial de 25 milliards de dollars, menaces de piraterie dans le golfe de Guinée, ou instabilité politique dans les pays traversés. Malgré ces défis, le Maroc mise sur ce gazoduc pour redéfinir son rôle géopolitique et économique en Afrique et en Europe.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans ce projet. Le roi du Maroc, Mohammed VI, et l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari avaient évoqué cette idée il y a dix ans. Aujourd’hui, c’est une société marocaine qui supervisera la construction, tandis que la gouvernance serait basée au Nigeria. La CEDEAO, organisation régionale regroupant 15 pays d’Afrique de l’Ouest, soutient officiellement le projet, qui pourrait renforcer la coopération économique en Afrique. L’Algérie, concurrente directe, voit d’un mauvais œil cette initiative marocaine, mais peine à convaincre les investisseurs en raison des risques liés à son tracé sahélien.

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