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Géopolitique

Peut-on interdire les réseaux sociaux ?

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

Accusés de favoriser des dynamiques addictives et des problèmes de santé mentale, les réseaux sociaux sont dans le collimateur de plusieurs pays, qui souhaitent en limiter l’accès aux mineurs. Comme la France, qui devrait les interdire aux moins de 15 ans dès le 1er septembre.

Procès historique aux États-Unis

Un tribunal de Los Angeles a rendu un jugement le 25 mars 2024, considéré comme un procès aux implications mondiales par le journal espagnol El País. Ce procès oppose une adolescente californienne, Kaley G. M., à Instagram et YouTube. Elle accuse ces plateformes de rendre leurs utilisateurs, notamment les adolescents, addictifs en raison de fonctionnalités comme le scroll infini (défilement continu de contenu), les recommandations personnalisées (algorithmes proposant du contenu adapté aux goûts de l'utilisateur), la lecture automatique des vidéos (vidéos qui se lancent sans action de l'utilisateur) et les filtres de beauté (outils modifiant l’apparence des visages). Ces mécanismes empêcheraient les utilisateurs de fixer des limites claires sur leur temps d’écran et favoriseraient des dynamiques addictives. Le tribunal a jugé les plateformes responsables des troubles de santé mentale subis par l’adolescente, qui utilise les réseaux sociaux depuis l’âge de 9 ans.

Interdiction en Australie

L’Australie a été le premier pays à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans à partir de fin 2025. Dix plateformes ont été bloquées dans le cadre de cette mesure. Cependant, selon le New York Times, l’interdiction semble avoir échoué à éloigner les jeunes des réseaux sociaux. Une mère de famille interrogée par le quotidien américain a qualifié la loi de vraie blague, soulignant que les adolescents contournent facilement les restrictions. Malgré cet échec apparent, les effets de la loi pourraient se faire sentir sur la prochaine génération d’enfants, ceux qui n’ont pas encore accès aux réseaux sociaux et qui pourraient être durablement tenus à l’écart grâce à l’interdiction. Cette expérience australienne sert de cas d’étude pour d’autres pays envisageant des restrictions similaires.

Régulation en France

En France, le Parlement a adopté une loi le 21 juillet 2024 interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Cette mesure doit entrer en vigueur le 1er septembre 2024. Contrairement à l’Australie, la France opte pour une interdiction moins stricte, ciblant les moins de 15 ans au lieu de 16 ans. Cette décision s’inscrit dans un mouvement international de réflexion sur la régulation des réseaux sociaux pour protéger les adolescents. D’autres pays comme le Brésil, le Royaume-Uni ou le Canada étudient des mesures similaires, mais en tirant les leçons des difficultés rencontrées en Australie. Certains médias, comme The Economist, critiquent ces interdictions pures et simples, les qualifiant de solutions de facilité.

Débat sur les alternatives

Face aux limites des interdictions totales, certains pays et experts, comme The Economist, privilégient des solutions alternatives. Le journal libéral propose d’imposer aux plateformes une plus grande transparence sur leurs algorithmes (méthodes de calcul et de recommandation de contenu) et des efforts accrus sur la modération des contenus (contrôle et suppression des contenus inappropriés ou dangereux). Cependant, ces mesures sont déjà promises par les plateformes depuis des années sans résultats concrets. Le débat porte donc sur l’efficacité réelle de ces alternatives par rapport à une interdiction directe, qui reste une solution radicale mais dont les effets à long terme sont encore incertains.

Ce que ça pourrait changer

Le débat sur la régulation des réseaux sociaux s’étend bien au-delà des frontières de l’Australie, des États-Unis ou de la France. Plusieurs pays réfléchissent à des restrictions pour protéger les adolescents, mais les approches varient. Certains, comme l’Australie, optent pour des interdictions pures et simples, tandis que d’autres, comme la France, privilégient des mesures plus nuancées. Les leçons tirées des expériences australiennes et américaines influencent ces décisions. Parallèlement, des pays comme le Brésil, le Royaume-Uni ou le Canada étudient des modèles hybrides, combinant interdiction partielle, transparence algorithmique et modération renforcée. Ce mouvement reflète une prise de conscience mondiale des risques liés aux réseaux sociaux pour les jeunes, notamment en termes de santé mentale et d’addiction.

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