A Nantes, des chercheurs Inserm tentent de mieux comprendre l'agressivité des cancers du sein de la femme jeune.
Dans un laboratoire Inserm, à Nantes, le programme ARTEMIS, veut mieux cerner les spécificités des cancers du sein chez les femmes jeunes. Chaque année, 3000 cas sont découvert chez des patientes de moins de 40 ans, contre 2 000 il y a deux décennies.
Chaque année en France, plus de 3 000 femmes de moins de 40 ans sont diagnostiquées avec un cancer du sein, un chiffre en forte hausse par rapport aux 2 000 cas enregistrés il y a deux décennies. Ces cancers sont souvent plus agressifs que ceux touchant des femmes plus âgées. Le programme ARTEMIS, mené par des chercheurs de l'Inserm à Nantes, vise à comprendre les mécanismes biologiques spécifiques à ces tumeurs chez les jeunes patientes. Contrairement à d'autres études qui pourraient explorer les causes environnementales ou sociétales, ce projet se concentre sur les particularités moléculaires et cellulaires de ces cancers. L'objectif est d'identifier des différences clés qui pourraient expliquer leur agressivité accrue et ouvrir la voie à des traitements mieux adaptés.
Carine, une femme de 33 ans, a découvert un cancer du sein hormonodépendant en 2024 après une grossesse. Initialement rassurée par un diagnostic de lésion bénigne, elle a dû subir une biopsie après un contrôle de suivi, confirmant la présence d'un cancer. Son traitement a nécessité un avortement thérapeutique, mais elle est aujourd'hui en rémission et envisage une nouvelle grossesse. Son histoire illustre les défis spécifiques aux jeunes femmes atteintes de ce type de cancer, notamment en raison de leur impact sur la fertilité et la qualité de vie. Son témoignage souligne l'importance de recherches ciblées pour améliorer les diagnostics précoces et les traitements adaptés.
Pour analyser les tumeurs au niveau cellulaire avec une précision inédite, l'équipe ARTEMIS utilise des outils de biologie spatiale. Ces technologies permettent de détecter simultanément jusqu'à une centaine de protéines dans les tissus tumoraux, une avancée majeure par rapport aux méthodes traditionnelles qui ne permettaient d'identifier que quelques marqueurs à la fois. Chloé Grivaud, doctorante en bio-informatique, et Aurélie Doméné, ingénieure, exploitent ces outils pour établir une carte d'identité des cellules cancéreuses. L'objectif est d'identifier des marqueurs associés à l'agressivité de ces tumeurs, ce qui pourrait aider à mieux comprendre leur comportement et à développer des traitements plus efficaces.
Les chercheurs du programme ARTEMIS explorent l'hypothèse selon laquelle les cellules cancéreuses chez les jeunes femmes pourraient présenter une plasticité accrue. La plasticité cellulaire désigne la capacité des cellules à changer d'identité ou de fonction, par exemple en ralentissant leur prolifération, en résistant aux traitements, puis en reprenant leur croissance lorsque les conditions deviennent favorables. Vincent Guen, biologiste à l'Inserm et responsable d'ARTEMIS, suggère que cette plasticité pourrait être plus marquée chez les patientes de moins de 40 ans. Bien que cette piste ne soit pas encore confirmée, elle représente un axe de recherche central pour expliquer l'agressivité de ces cancers et développer des stratégies thérapeutiques adaptées.
L'équipe ARTEMIS cultive des organoïdes, des mini-tumeurs en trois dimensions créées à partir de prélèvements de patientes, pour étudier le comportement des cellules cancéreuses dans un environnement complexe. À ce jour, 80 femmes ont accepté de participer à ce programme en fournissant un échantillon de leur tumeur. Ces organoïdes permettent d'observer des phénomènes comme la capacité des cellules à migrer ou leur résistance aux traitements. Eloïse Grasset, chercheuse au CNRS et co-directrice d'ARTEMIS, se concentre notamment sur la formation des métastases, c'est-à-dire la propagation des cellules cancéreuses vers d'autres organes. Elle étudie également le rôle potentiel du système immunitaire, dont un dérèglement pourrait contribuer au développement de ces cancers agressifs.
À terme, les organoïdes serviront à tester des milliers de *molécules* candidates pour traiter ces cancers. Un microscope couplé à un robot permettra d'injecter ces substances dans les organoïdes et d'observer leur effet toutes les six heures. Cette approche innovante vise à identifier des traitements plus efficaces et mieux tolérés, en particulier pour les jeunes patientes. Les chercheurs espèrent ainsi accélérer le développement de thérapies ciblées, adaptées aux spécificités biologiques de ces tumeurs agressives. Ce projet s'inscrit dans une démarche de *médecine personnalisée*, où les traitements sont adaptés aux caractéristiques uniques de chaque patient.

