Guerre commerciale : les politiciens s’insultent, mais les négociateurs restent courtois
Ils ont intérêt à garder de bonnes relations pour obtenir le meilleur accord possible, rappellent des experts..
Les politiciens américains et canadiens s’affrontent publiquement dans le cadre d’une guerre commerciale, utilisant des insultes personnelles pour marquer des points politiques. Par exemple, Donald Trump a qualifié les responsables canadiens de clowns et comparé le premier ministre ontarien Doug Ford à une version moins intelligente de son frère décédé, tandis que ce dernier a répondu en proposant à Trump d’embrasser son postérieur. Ces attaques, bien que spectaculaires, ne reflètent pas la réalité des négociations commerciales, où les représentants des deux pays évitent soigneusement les provocations en public. Selon des experts, cette opposition entre discours politique et travail des négociateurs s’apparente à une chorégraphie : chaque acteur joue un rôle précis pour servir des objectifs distincts.
Les négociateurs commerciaux, comme la Canadienne Janice Charette ou l’Américain Jamieson Greer, privilégient des échanges professionnels et ciblés, malgré les tensions politiques. Leur objectif est de préserver la confidentialité des discussions et de maintenir un dialogue constructif pour aboutir à un accord. Par exemple, le ministre canadien Dominic LeBlanc a souligné que ses relations avec Greer restaient personnelles et professionnelles, tout en évitant de commenter les déclarations de Trump. Cette approche vise à éviter que les rancœurs n’entravent les pourparlers, essentiels pour conclure des accords comme l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique), signé en 2019 après des années de négociations tendues.
Les chefs d’État, comme le premier ministre canadien Mark Carney, adoptent un ton plus combatif en public pour rallier leur électorat et afficher une fermeté face à l’adversaire américain. Après l’échec des négociations commerciales le 21 août, Carney a utilisé un langage guerrier, qualifiant les États-Unis d’« adversaire peu fiable », sans nommer explicitement Trump. Cette rhétorique, relayée par les médias internationaux, cherche à renforcer la cohésion nationale et à rassurer les alliés du Canada. À l’inverse, Trump maintient une posture imprévisible et personnelle, ce qui complique la résolution des conflits commerciaux, notamment en raison de ses faibles taux d’approbation dans son second mandat.
Les relations entre négociateurs canadiens et américains ont souvent oscillé entre tensions et coopération, malgré des échanges parfois vifs. Par exemple, en 2018, Chrystia Freeland, alors ministre canadienne des Affaires étrangères, et Robert Lighthizer, représentant américain au commerce, ont maintenu des discussions animées tout en célébrant ensemble la signature préliminaire de l’ACEUM. Une autre anecdote illustre cette dynamique : en 1992, lors de négociations de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), Carla Hills, représentante américaine, avait organisé un match de baseball pour détendre l’atmosphère après une réunion tendue. Ces exemples montrent que, malgré les désaccords, les négociateurs savent préserver une relation de travail, même dans des contextes difficiles.
La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a des répercussions économiques majeures pour les deux pays. Les conflits commerciaux, comme celui avec l’Iran, contribuent à une hausse du coût de la vie pour les Américains, tandis que le Canada subit les conséquences de l’incertitude économique. Les experts soulignent que les négociations commerciales, bien que complexes, restent essentielles pour limiter les dommages. Par exemple, l’ACEUM, signé en 2019, a permis de moderniser les règles commerciales entre les trois pays, évitant une escalade des tensions. Cependant, l’échec des pourparlers en août 2021 rappelle que les désaccords persistent, malgré les efforts des négociateurs pour maintenir un dialogue constructif.

