Il y a plus de 13 000 ans, on pouvait marcher de la Sicile à Malte : ce passage englouti relance l’enquête sur l’arrivée des premiers habitants de l’île
Une campagne océanographique a cartographié en détail l'ancien pont terrestre entre la Sicile et Malte, englouti il y a 13 000 ans. Il aurait plutôt ressemblé à un archipel de lagunes et de récifs..
Il y a plus de 13 000 ans, durant la dernière période glaciaire, le niveau des océans était environ 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui. À cette époque, une étendue de terre émergée reliait la Sicile à l’archipel maltais, permettant de traverser à pied. Ce passage, aujourd’hui submergé, s’appelait Adventure Bank ou Banc d’Adventure, une zone peu profonde de la Méditerranée située entre ces deux territoires. Cette découverte repose sur des études géologiques et des relevés bathymétriques (mesures des profondeurs marines), qui révèlent que cette région était émergée avant d’être engloutie par la remontée des eaux il y a environ 9 000 ans.
Les scientifiques ont identifié des traces d’anciens cours d’eau et de paysages terrestres dans les sédiments du Banc d’Adventure, confirmant la présence de terres émergées. Ces analyses s’appuient sur des carottages (prélèvements de couches de sédiments) et des datations au carbone 14, une méthode permettant de déterminer l’âge d’un matériau organique. Les chercheurs ont également utilisé des modèles climatiques pour reconstituer les niveaux marins de l’époque. Ces données suggèrent que la remontée des eaux a été progressive, transformant peu à peu ce passage en détroit, puis en mer profonde.
Cette découverte relance le débat sur l’arrivée des premiers humains à Malte. Jusqu’à présent, on pensait que les premiers habitants étaient arrivés par bateau il y a environ 7 000 ans, lors de la révolution néolithique (période où l’agriculture s’est développée). Cependant, la présence d’un passage terrestre il y a plus de 13 000 ans ouvre la possibilité que des groupes humains aient pu atteindre Malte bien plus tôt, peut-être dès la fin du Paléolithique (âge de pierre ancien). Cela remettrait en cause les théories actuelles sur les migrations en Méditerranée.
Les fouilles archéologiques sur le Banc d’Adventure pourraient révéler des artefacts (objets fabriqués par l’homme) datant de cette période. Jusqu’à présent, les plus anciennes traces humaines à Malte remontent à environ 5 200 ans av. J.-C., avec des outils en pierre et des structures mégalithiques. Si des preuves plus anciennes étaient découvertes, cela indiquerait que des groupes humains ont traversé la Méditerranée bien avant l’invention de l’agriculture, peut-être en suivant les côtes ou en exploitant les ressources marines. Ces recherches nécessitent des campagnes sous-marines, car les sites potentiels sont aujourd’hui submergés.
Cette découverte pourrait modifier les modèles de peuplement de la Méditerranée. Les scientifiques devront réévaluer les routes migratoires possibles, notamment pour les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique. Elle soulève aussi des questions sur les capacités d’adaptation des humains de l’époque, capables de traverser des étendues terrestres aujourd’hui disparues. Enfin, cela montre que les paysages méditerranéens ont radicalement changé en quelques millénaires, transformant des terres habitables en mers profondes. Ces travaux s’inscrivent dans un champ de recherche appelé *archéologie sous-marine*, qui étudie les sites engloutis.

