Derrière la victoire de l’AfD, le rejet des éoliennes ?
L’ESSENTIEL Le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland , arrivé en tête des élections en Saxe-Anhalt, a développé depuis plusieurs années une rhétorique anti-éolienne. L’AfD se donne pour objectif de stopper l’installation d’éoliennes, alors que l’Allemagne est en pleine accélération de sa transition énergétique.
En septembre 2026, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) a remporté une victoire historique en Saxe-Anhalt avec 44 % des voix, et est favori pour l’élection en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec 36 % d’intentions de vote. Ce succès s’inscrit dans un contexte où l’AfD a fait campagne contre les éoliennes, présentées comme des « moulins de la honte » (Windmühlen der Schande). Le parti propose une politique de rupture avec les partis traditionnels, qualifiés de « vieux partis » (Altparteien), et axe une partie de son programme sur la transition énergétique. Historiquement, cette expression avait été utilisée par les Verts (die Grünen) dans les années 1980 pour se démarquer, ce qui montre une stratégie de récupération de la rhétorique écologiste par l’AfD. En Allemagne, l’implantation d’éoliennes est un sujet clivant, surtout depuis la politique d’accélération de la transition énergétique lancée en 2022, visant à consacrer 2 % du territoire national à l’éolien terrestre d’ici 2032.
L’AfD a structuré une partie de son programme autour de 30 mesures énergétiques, dont la principale est l’opposition aux éoliennes. Le parti organise des événements publics, comme des colloques au Bundestag en janvier 2026 et au Parlement régional de Thuringe en mai 2026, pour critiquer l’impact des éoliennes sur les forêts, les sols et la biodiversité. Ces événements visent à fédérer au-delà de son électorat traditionnel en se présentant comme le défenseur des communautés locales opposées aux projets éoliens. L’AfD s’appuie sur des critiques existantes, comme celles de l’association de protection de la nature NABU (Naturschutzbund Deutschland), qui reproche à la politique énergétique actuelle de menacer des espèces protégées, en violation de la directive oiseaux de l’Union européenne. Le parti exploite ainsi un « dilemme vert » entre protection du climat et préservation de la biodiversité, un sujet sensible en Allemagne.
Si l’AfD parvient à gouverner en Saxe-Anhalt, elle pourrait instaurer un « moratoire éolien », c’est-à-dire une suspension temporaire du déploiement des éoliennes. Cependant, ce dispositif est limité par les règles nationales et européennes. Les États fédérés (Bundesländer) allemands n’ont pas le pouvoir de bloquer directement les lois nationales, mais ils peuvent restreindre la planification territoriale. Un moratoire de planification pourrait retarder l’installation des éoliennes jusqu’en 2027, date à laquelle les objectifs intermédiaires fixés par le gouvernement allemand devront être atteints. Si ces objectifs ne sont pas respectés, la transition énergétique sera gérée par le marché, avec les entreprises privées aux commandes. Ainsi, un État fédéré comme la Saxe-Anhalt pourrait, paradoxalement, devenir plus permissif après 2027 s’il s’oppose trop aux éoliennes.
L’AfD n’a pas obtenu la majorité absolue en Saxe-Anhalt (42 sièges nécessaires, 3 manquants) et devra former une coalition pour gouverner, ce qui est difficile en raison de son opposition explicite à la droite traditionnelle (CDU). En Allemagne, le « cordon sanitaire » (Brandmauer) contre l’extrême droite n’a jamais été rompu pour former des coalitions. Même si l’AfD parvient à diriger un Bundesland, ses marges de manœuvre restent limitées. La Saxe-Anhalt ne dispose que de 4 sièges sur 69 au Conseil fédéral (Bundesrat), la chambre haute du Parlement allemand où sont représentés les États fédérés. Cette institution joue un rôle clé dans la gouvernance énergétique, ce qui limite l’impact des décisions régionales. L’AfD reconnaît elle-même dans son programme son incapacité à agir directement sur les politiques nationales.
L’incapacité de l’AfD à tenir ses promesses anti-éoliennes pourrait générer une frustration chez ses électeurs, ce qui pourrait soit renforcer son soutien pour des élections futures, soit alimenter une défiance envers son programme. Les moratoires éoliens instaurés dans d’autres *Bundesländer*, comme le Brandebourg, n’ont fait que retarder le déploiement des éoliennes sans les stopper définitivement. La transition énergétique en Allemagne repose sur un système complexe, mêlant directives européennes et législations nationales, ce qui rend difficile toute obstruction majeure. L’enjeu pour l’AfD est donc de transformer ses victoires régionales en levier pour les élections nationales et européennes, ou de risquer de décevoir un électorat en quête de solutions concrètes.

