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Que pensent vraiment les Israéliens et les Palestiniens ?

The Conversation France · mis à jour il y a 2 j

L’ESSENTIEL Israël organise des législatives le 27 octobre prochain, tandis que Mahmoud Abbas a annoncé l’organisation d’une présidentielle palestinienne pour le début de l’année 2027. D’un côté comme de l’autre, les visions de l’avenir souhaitable des deux sociétés partagent aujourd’hui un grand pessimisme et une méfiance mutuelle.

Contexte politique actuel

Les élections législatives israéliennes sont prévues pour le 27 octobre 2026, tandis que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a annoncé une élection présidentielle palestinienne pour début 2027. Ces scrutins surviennent dans un contexte de tensions persistantes entre Israël et les territoires palestiniens, notamment en Cisjordanie et à Gaza. Les deux sociétés, israélienne et palestinienne, expriment un pessimisme marqué et une méfiance mutuelle, reflétant l’absence de progrès vers une résolution du conflit. Trois instituts de sondage, aux orientations politiques variées, ont été mobilisés pour analyser les opinions des populations : le Jewish People Policy Institute (JPPI, conservateur), le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR, basé à Ramallah) et l’Israel Democracy Institute (IDI, libéral). Ces enquêtes révèlent des craintes partagées, mais aussi des divergences profondes sur l’avenir des territoires occupés.

Accélération de la colonisation

La colonisation israélienne en Cisjordanie s’intensifie, avec une accélération des constructions de colonies et d’avant-postes depuis 2025. Selon un rapport de l’Union européenne publié en juillet 2026, 54 nouvelles colonies officielles et 86 avant-postes ont été approuvés, soit un rythme d’un à deux nouveaux avant-postes par semaine. En 2025, 27 941 unités de logement ont été validées dans les colonies, un record depuis le début du projet. Ces actions, menées par des ministres comme Itamar Ben Gvir (sécurité nationale) et Bezalel Smotrich (finances), visent à enterrer l’idée d’un État palestinien, selon les termes mêmes de Smotrich. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et d’autres pays ont condamné ces projets, notamment le plan E1, qui menace de couper la Cisjordanie en deux et de rendre impossible un État palestinien territorialement continu. Ces développements sapent les accords d’Oslo et étendent le contrôle israélien sur des zones destinées à l’administration palestinienne.

Divisions au sein de la société israélienne

La société israélienne est profondément divisée sur la question de la colonisation. Selon un sondage JPPI d’août 2026, 45 % des Israéliens considèrent que les avant-postes et fermes juives en Cisjordanie sont une charge pour la sécurité, un avis partagé par 59 % des Arabes israéliens et 41 % des Juifs. Les positions varient fortement selon l’orientation politique : 100 % des Juifs de gauche et 89 % de ceux de droite ont des avis opposés sur ce sujet. Concernant l’annexion des territoires occupés, 38 % des Juifs israéliens y sont favorables, 35 % privilégient une partition et 6 % souhaitent l’abandon des territoires. Parmi les Arabes israéliens, 36 % soutiennent l’annexion, 26 % l’abandon et 8 % la partition. Le sondage IDI révèle également une polarisation sur la gestion des violences des colons : 86,5 % des Juifs de gauche et 63 % de ceux du centre estiment que les colons violents sont traités avec trop d’indulgence, contre seulement 31 % à droite. Ces divisions reflètent les tensions internes à Israël sur la gestion du conflit.

Crise de leadership palestinien

La population palestinienne, tant à Gaza qu’en Cisjordanie, exprime un rejet massif de ses dirigeants actuels. Selon le dernier sondage PCPSR d’août 2026, 79 % des Palestiniens souhaitent la démission de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne depuis 2005. La popularité du Hamas a également reculé, passant de 35 % à 24 % en dix mois, tandis que le Fatah reste stable à 24 %. Marwan Barghouti, un homme politique emprisonné en Israël depuis 2003, est perçu comme un symbole d’espoir démocratique et recueille 39 % des intentions de vote, devant Khalil al-Hayya (Hamas, 16 %) et Mohammed Dahlan (15 %). En cas d’élection présidentielle, Barghouti obtiendrait 54 % des voix, contre 26 % pour al-Hayya et seulement 14 % pour Abbas. La confiance dans le Hamas a chuté de 41 % à 28 %, et 44 % des Palestiniens estiment que ni le Hamas ni le Fatah ne méritent de diriger. Ces résultats illustrent une crise profonde du leadership palestinien et une recherche de alternatives politiques.

Opinions sur la solution à deux États

La solution à deux États, qui prévoyait la création d’un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël, perd du soutien parmi les Palestiniens. En août 2026, 50 % des Palestiniens s’y opposent, contre 44 % qui la soutiennent. 58 % estiment que cette solution n’est plus réalisable en raison de l’expansion des colonies, un chiffre en hausse par rapport à 56 % il y a dix mois. 64 % pensent que les chances d’établir un État palestinien indépendant dans les cinq prochaines années sont faibles ou inexistentes, contre 32 % qui les jugent moyennes ou élevées. À Gaza, 40 % des habitants soutiennent le plan Trump pour Gaza, tandis que 56 % font confiance au Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG). En Cisjordanie, ces chiffres chutent respectivement à 13 % et 15 %, reflétant une méfiance envers les initiatives extérieures. Ces données montrent que la solution à deux États est de plus en plus perçue comme irréaliste, notamment en raison de l’avancée de la colonisation.

Ce que ça pourrait changer

Les Israéliens juifs anticipent avec inquiétude le risque d’une nouvelle *intifada* (soulèvement populaire palestinien) en Cisjordanie. Selon le sondage IDI, 79 % des Juifs israéliens estiment probable le déclenchement d’une telle révolte, un chiffre en hausse par rapport à 64 % en novembre 2025. Cette crainte est partagée par 84 % des Juifs de gauche, 76 % de ceux du centre et 78 % de ceux de droite, indiquant une perception largement répandue du risque. Cette inquiétude reflète une prise de conscience croissante que la situation actuelle en Cisjordanie, marquée par des attaques et des humiliations envers les Palestiniens, ne peut se poursuivre indéfiniment. La question reste de savoir si cette prise de conscience se traduira par un vote en faveur de l’extrême droite, qui prône l’annexion, ou par un soutien à des partis cherchant à inverser la dynamique actuelle. Ces résultats soulignent l’urgence d’une solution politique pour éviter une escalade des violences.

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