Forum de Madrid : l'Amérique latine est-elle le laboratoire de l’extrême droite ?
Les 3 et 4 septembre, Santiago du Chili accueille la 5ᵉ édition du Forum de Madrid, réunissant plusieurs courants de l’extrême droite internationale, surtout hispanique. L’Amérique latine, où ces forces progressent, devient-elle le laboratoire d’une extrême droite mondialisée ?.
Le Forum de Madrid est une rencontre internationale organisée les 3 et 4 septembre 2026 à Santiago du Chili. Cet événement, créé par le parti espagnol d’extrême droite Vox, réunit des représentants de l’extrême droite hispanique et latino-américaine. L’objectif affiché est de favoriser les échanges idéologiques et stratégiques entre ces mouvements politiques. Cette 5ᵉ édition se déroule dans un contexte marqué par la montée des forces d’extrême droite en Amérique latine, notamment après l’arrivée au pouvoir en Colombie et au Chili de gouvernements classés à droite radicale. Le forum s’inscrit dans une dynamique de laboratoire politique, où s’expérimentent des idées et des méthodes qui pourraient ensuite se diffuser à l’échelle mondiale.
L’Amérique latine est aujourd’hui un terrain privilégié pour l’expansion de l’extrême droite. Plusieurs pays de la région ont récemment basculé vers des gouvernements de droite radicale, comme la Colombie et le Chili. Au Brésil, l’élection présidentielle d’octobre 2026 oppose le candidat d’extrême droite Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, à l’ancien président Lula. Ce dernier, condamné et assigné à résidence pour sa participation à une tentative de coup d’État en 2023, incarne une figure controversée de la politique brésilienne. Ces dynamiques illustrent une tendance régionale où l’extrême droite gagne en influence, en s’appuyant sur des discours nationalistes, anti-immigration et conservateurs. L’Amérique latine devient ainsi un laboratoire où ces mouvements testent des stratégies électorales et des alliances internationales.
Le parti espagnol Vox joue un rôle central dans cette dynamique. Fondé en 2013, ce mouvement d’extrême droite s’est distingué par son discours ultra-conservateur, son opposition à l’immigration et son rejet des politiques progressistes. Depuis plusieurs années, Vox cherche à établir des liens avec des partis similaires en Amérique latine, notamment en Argentine avec le président Javier Milei, un économiste libéral et libertarien élu en 2023. Ces alliances visent à créer un réseau transnational de l’extrême droite, capable de partager des idées, des financements et des soutiens politiques. Le Forum de Madrid est l’un des outils de cette stratégie, offrant une plateforme pour coordonner les actions entre ces partis.
Un laboratoire politique désigne un espace où des idées et des méthodes sont testées avant d’être exportées vers d’autres contextes. Dans le cas de l’Amérique latine, ce laboratoire fonctionne à plusieurs niveaux. D’abord, les partis d’extrême droite y développent des discours adaptés aux réalités locales, comme la lutte contre la corruption ou la défense des valeurs traditionnelles. Ensuite, ils expérimentent des alliances avec des secteurs économiques ou médiatiques pour renforcer leur influence. Enfin, ils exportent ces recettes vers d’autres régions, notamment l’Europe, où des partis comme le Rassemblement National en France ou la Ligue en Italie s’inspirent de ces stratégies. L’Amérique latine sert ainsi de terrain d’expérimentation pour une extrême droite en quête de légitimité internationale.
Trois experts interviennent pour analyser cette dynamique lors du forum. Gaspard Estrada, politologue à la *London School of Economics*, étudie les mouvements politiques du *Sud Global*, une expression désignant les pays en développement. Benoît Pellistrandi, historien spécialiste de l’Espagne contemporaine, apporte un éclairage sur les liens historiques entre l’extrême droite espagnole et latino-américaine. Enfin, Sarah Moretti, doctorante en sociologie, analyse les *circulations idéologiques et militantes* au sein des droites radicales ibéro-américaines, c’est-à-dire les échanges d’idées et de militants entre l’Espagne et l’Amérique latine. Ces chercheurs soulignent l’importance des réseaux transnationaux dans la diffusion de ces mouvements.

