Afghanistan : l’emprise croissante des talibans, facteur d’instabilité
Cinq ans après leur retour au pouvoir, les talibans ne font face à aucune menace sérieuse en Afghanistan. Mais derrière cette emprise, les fragilités s’accumulent.
En août 2021, les talibans ont repris le contrôle de l'Afghanistan après la chute de Kaboul, mettant fin à vingt ans de présence internationale dans le pays. Cinq ans plus tard, en septembre 2026, ce régime islamiste radical n'a pas de rivaux armés ou politiques sérieux à affronter. Pourtant, selon Georgette Gagnon, cheffe par intérim de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), les politiques menées par les talibans créent des tensions internes et menacent la stabilité du pays. Le régime se vante d'avoir rétabli la sécurité et relancé l'économie, mais il est critiqué pour son manque de progrès sur des questions comme l'exclusion des femmes, une gouvernance fermée et des violations des droits humains. Par exemple, des arrestations de femmes et de filles pour non-respect du code vestimentaire strict ont été documentées dans des villes comme Herat.
Les talibans imposent des restrictions croissantes aux droits des femmes afghanes, selon des rapports de la MANUA. Ces mesures incluent des règles vestimentaires de plus en plus strictes, comme le port obligatoire du hijab, puis du masque, et enfin de la burqa. Les femmes doivent aussi être accompagnées d'un mahram (un homme de leur famille) pour se déplacer, et sont interrogées sur leur lien avec cet accompagnateur. Les manifestations pour protester contre ces restrictions sont réprimées par la force. Depuis un an, les employées afghanes de l'ONU sont interdites d'accès à leurs locaux, ce qui complique la distribution de l'aide humanitaire, car des équipes masculines ne peuvent pas toujours atteindre les femmes afghanes. La France et sept autres pays ont condamné ces politiques, qualifiées de discrimination et répression systémiques fondées sur le genre.
L'Afghanistan fait face à une crise humanitaire aiguë, aggravée par les politiques des talibans. Selon l'UNICEF, 3,7 millions d'enfants souffrent de malnutrition, dont 1 million de malnutrition aiguë sévère. Le plan humanitaire pour 2026 n'est financé qu'à 30 %, ce qui force des centres de nutrition, des structures sanitaires et des services de protection des femmes à réduire leurs activités ou à fermer. Par ailleurs, près de 1,2 million d'Afghans sont rentrés d'Iran et du Pakistan en 2026, portant à 6,5 millions le nombre de rapatriés depuis 2023. Sans soutien durable, cette situation risque d'alimenter des tensions pour l'accès aux ressources limitées. La MANUA souligne que la compétition pour ces ressources pourrait aggraver l'instabilité dans le pays.
La communauté internationale, représentée par des pays comme la France, le Royaume-Uni et d'autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU, a condamné à plusieurs reprises les politiques des talibans, notamment leur traitement des femmes. Cependant, Nargis Nehan, représentante de la société civile afghane, estime que ces condamnations ne suffisent plus. Elle qualifie la situation de féminicide politique et de pire forme d'apartheid de genre, et demande au Conseil de reconnaître la discrimination institutionnalisée contre les Afghanes. Elle appelle également à soutenir des procédures internationales contre les dirigeants talibans et à ouvrir davantage le processus politique de Doha à la société civile et aux autres forces politiques afghanes. La question reste de savoir si la communauté internationale passera des paroles aux actes.
Le processus de Doha est le principal cadre permettant d'envisager la réintégration progressive de l'Afghanistan dans la communauté internationale. Ce processus, lancé en 2021, vise à trouver une solution politique pour mettre fin à l'isolement du pays. Cependant, pour que ce cadre fonctionne, les talibans doivent montrer des signes d'ouverture, comme une gouvernance plus inclusive, la levée des restrictions imposées aux femmes et le respect de leurs engagements antiterroristes. Georgette Gagnon, de la MANUA, souligne que sans ces avancées, la stabilité du pays restera fragile. La représentante de la société civile afghane, Nargis Nehan, a insisté sur le fait que la solidarité internationale doit se traduire par des actions concrètes pour améliorer la situation en Afghanistan.

