En 1977, l'Arabie saoudite a remorqué un iceberg d'Alaska jusqu'au centre des États-Unis : elle souhaitait produire de l'eau douce au milieu du désert
Les côtes désertiques manquent d'eau douce, quand l'Antarctique en laisse dériver d'énormes quantités sous forme de glace flottante. Relier les deux paraît absurde.
En 1977, l'Arabie saoudite a lancé une initiative originale pour lutter contre le manque d'eau dans son désert : elle a envisagé de remorquer un iceberg depuis l'Alaska jusqu'au centre des États-Unis. L'objectif était de récupérer l'eau douce contenue dans cet iceberg pour répondre aux besoins croissants du royaume saoudien, où les ressources en eau douce sont extrêmement limitées. Ce projet s'inscrivait dans une stratégie plus large visant à diversifier les sources d'approvisionnement en eau, alors que l'Arabie saoudite dépendait majoritairement de la désalinisation de l'eau de mer, une méthode coûteuse et énergivore. Le transport d'un iceberg sur une telle distance représentait un défi logistique et technologique majeur, nécessitant des études préalables sur la faisabilité et les coûts associés.
Le projet prévoyait de tracter un iceberg d'environ 100 millions de tonnes, suffisamment grand pour fournir de l'eau douce à une ville de taille moyenne pendant plusieurs années. Pour cela, il aurait fallu utiliser des remorqueurs puissants capables de résister aux conditions extrêmes de l'océan Arctique et du Pacifique Nord. Les scientifiques et ingénieurs devaient également résoudre des problèmes techniques, comme la fonte progressive de l'iceberg pendant le trajet, qui pouvait atteindre plusieurs milliers de kilomètres. Des études ont estimé que jusqu'à 30 % de la masse de l'iceberg pouvait se perdre en cours de route en raison de la chaleur et des vagues. Par ailleurs, le coût du projet était estimé à plusieurs centaines de millions de dollars, un investissement colossal pour l'époque.
À la fin des années 1970, l'Arabie saoudite était déjà un acteur clé sur la scène énergétique mondiale grâce à ses réserves massives de pétrole. Cependant, le pays faisait face à une pression croissante pour diversifier son économie et réduire sa dépendance aux hydrocarbures. La gestion de l'eau douce était un enjeu stratégique, car le désert saoudien ne reçoit que très peu de précipitations et les nappes phréatiques s'épuisaient rapidement. Le projet de l'iceberg s'inscrivait dans cette logique de recherche de solutions innovantes, bien que son ambition reflétait aussi une volonté de marquer les esprits sur la scène internationale. Les États-Unis, où l'iceberg devait être remorqué, n'ont pas donné suite à ce projet, qui est resté à l'état de concept.
Malgré les études préliminaires et l'engouement initial, le projet a finalement été abandonné en raison de plusieurs obstacles insurmontables à l'époque. Les coûts exorbitants, estimés entre 100 et 200 millions de dollars, étaient difficiles à justifier pour un résultat incertain. De plus, les technologies de remorquage et de protection des icebergs n'étaient pas suffisamment avancées pour garantir le succès de l'opération. Enfin, les autorités américaines n'ont pas accordé les autorisations nécessaires pour faire transiter un iceberg dans leurs eaux territoriales, craignant des risques environnementaux ou des conflits juridiques. Ce projet reste aujourd'hui un exemple emblématique des idées visionnaires, mais irréalistes, qui ont marqué l'histoire de la gestion de l'eau.
Bien que le projet n'ait jamais abouti, il a inspiré d'autres initiatives similaires dans les décennies suivantes, notamment au Canada et en Australie, où des scientifiques ont exploré la possibilité de remorquer des icebergs pour alimenter en eau douce des régions arides. Ces projets ont permis de mieux comprendre les défis techniques et environnementaux liés à de telles opérations. Aujourd'hui, avec le réchauffement climatique qui accélère la fonte des glaces polaires, l'idée de récupérer l'eau des icebergs est parfois évoquée comme une solution potentielle pour les pays en stress hydrique. Cependant, les coûts et les risques environnementaux restent des freins majeurs à sa réalisation à grande échelle.

