Au-delà de l’immigration, le vieillissement de la population est un enjeu oublié au Québec
Les répercussions des changements démographiques sur les finances publiques à moyen terme seront majeures..
Lors d’un débat diffusé sur Radio-Canada en septembre 2026, les intervenants ont principalement discuté de l’immigration au Québec, abordant ses impacts sur le logement, les services publics, le marché du travail et la prospérité des régions. Cependant, aucun participant n’a évoqué un autre enjeu majeur : le vieillissement accéléré de la population québécoise. Ce silence est surprenant, car ce phénomène démographique aura des conséquences financières majeures à moyen terme sur les finances publiques. Les débats se sont concentrés sur des aspects concrets comme la protection du français ou l’accès aux logements abordables, mais ont négligé une pression structurelle qui s’annonce bien plus lourde : le déséquilibre entre le nombre de personnes en âge de travailler et celui des retraités, nécessitant davantage de services de santé et de soins.
Le vieillissement de la population désigne l’augmentation de la proportion de personnes âgées dans une société, souvent mesurée par le nombre de personnes de 65 ans et plus. Au Québec, cette tendance est particulièrement marquée : les décès dépassent désormais les naissances, et la croissance démographique repose presque entièrement sur l’immigration. Selon les dernières données de Statistique Canada, entre le 1er juillet 2025 et le 1er juillet 2026, la population québécoise n’a augmenté que de 0,2 %, soit la plus faible hausse depuis 1915-1916. Cette situation pose un défi économique et social, car elle signifie qu’il y aura moins de travailleurs actifs pour financer les pensions de retraite et les soins de santé des personnes âgées. Par exemple, d’ici 2050, il pourrait y avoir une personne en emploi pour une personne à charge, ce qui alourdira considérablement la charge des systèmes publics.
L’immigration est devenue le principal moteur de la croissance démographique au Québec, compensant le déclin naturel de la population. Cependant, les chiffres montrent un ralentissement significatif de cette croissance. En 2026, la population québécoise n’a augmenté que de 16 092 personnes, un chiffre bien inférieur aux années précédentes, notamment en raison des restrictions imposées par les gouvernements canadien et québécois sur l’accueil des immigrants. Par comparaison, en 2021, pendant la pandémie, la croissance démographique n’avait été que de 20 000 personnes, en partie à cause des fermetures de frontières. Ce déclin démographique s’observe aussi dans les régions, où la Chambre de commerce du Grand Montréal a alerté sur un manque de main-d’œuvre croissant et un déclin démographique attendu dans la métropole, avec une perte potentielle de plus de 100 000 personnes d’ici 10 ans.
Le vieillissement de la population exerce une pression croissante sur les finances publiques du Québec, notamment en raison de l’augmentation des dépenses en santé et en services sociaux. Avec moins de travailleurs actifs pour financer ces dépenses et plus de retraités ayant besoin de soins, le système pourrait devenir insoutenable. Par exemple, les dépenses en santé devraient continuer de croître, tandis que les recettes fiscales pourraient diminuer si le nombre de contribuables actifs baisse. Cette situation rend difficile l’atteinte de l’équilibre budgétaire prévu par le gouvernement pour 2028 ou 2029. Sans une hausse significative de la productivité ou une augmentation du taux d’emploi des seniors, les répercussions sur les finances publiques seront considérables, mettant en péril la qualité des services publics offerts à la population.
Le déclin démographique et le vieillissement de la population ne concernent pas uniquement le Québec dans son ensemble, mais aussi ses régions et métropoles. Le Grand Montréal, par exemple, pourrait perdre plus de 100 000 habitants d’ici 10 ans si la stratégie actuelle d’immigration et de croissance démographique n’est pas ajustée. Selon Jean-Denis Charest, PDG de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, cette situation pourrait mener à une crise démographique, avec une personne en emploi pour une personne à charge d’ici 2050. Les chambres de commerce locales ont déjà sonné l’alarme, soulignant un manque de main-d’œuvre qui s’aggrave et qui menace la prospérité économique des régions. Cette tendance nécessite une réflexion urgente sur les politiques à mettre en place pour soutenir la croissance démographique et économique.

