La boîte à outils économiques de LFI, et 3 autres conseils de lecture
En tête de notre sélection cette semaine, une plongée, avec le codirecteur du département économie de l’Institut La Boétie, aux origines des idées qui alimentent le programme de Jean-Luc Mélenchon pour la prochaine présidentielle..
Le livre Mélenchonomics. Pour une économie démocratique, écologique et populaire d'Eric Berr, codirecteur du département économie de l'Institut La Boétie (think tank proche de Jean-Luc Mélenchon), expose les fondements théoriques du programme économique de La France insoumise (LFI). L'auteur s'appuie sur les travaux de Karl Marx et John Maynard Keynes pour critiquer l'économie libérale dominante, centrée sur les marchés et les producteurs. Marx est cité pour son analyse des rapports de force entre capital et travail, tandis que Keynes est mobilisé pour souligner l'importance de la répartition des revenus et du rôle de l'État dans l'investissement public. LFI propose ainsi des mesures comme l'augmentation du SMIC, une redistribution fiscale des plus riches vers les moins aisés, et un vaste plan d'investissements publics pour soutenir les services publics et la transition écologique. Ces dépenses publiques pourraient creuser le déficit et la dette, que l'auteur propose de financer via un pôle bancaire public et une reprise en main politique du crédit. Le livre aborde aussi la possibilité d'un protectionnisme et d'un contrôle des capitaux, ce qui pourrait entrer en conflit avec les règles de l'Union européenne, suggérant alors une désobéissance ciblée aux traités européens. L'ouvrage offre une synthèse claire des idées économiques de LFI, même si certaines propositions restent à préciser.
Le livre Bienvenue en 2055. Dans un monde neutre en carbone de Magali Reghezza-Zitt, ancienne membre du Haut Conseil pour le climat, propose une fiction scientifique où l'autrice imagine une société ayant réussi sa transition écologique vers un monde neutre en carbone. Ce récit s'appuie sur des solutions débattues aujourd'hui et extrapolées jusqu'en 2055. Le monde décrit n'est pas idyllique : il subit des canicules à 50°C, mais a repensé les temps de travail et d'école, relancé les petits commerces en centre-ville et végétalisé les espaces urbains pour favoriser les interactions sociales. L'autrice compare différentes approches de la transition écologique, comme le choix entre une agriculture plus technologique ou plus locale. Contrairement à l'idée d'une croissance verte salvatrice, le livre souligne que l'atténuation du réchauffement climatique a nécessité à la fois des adaptations et des actions fortes. Illustré par Marc Bati, cet ouvrage vise à donner de l'espoir et à encourager l'action face à l'urgence climatique.
Dans Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite, Sylvain Bourmeau, journaliste et responsable du site AOC, analyse la montée de l'extrême droite en France. L'auteur soutient que son succès ne repose pas tant sur la force de ses idées que sur un climat de confusion intellectuelle entretenu, notamment par les médias, y compris les plus respectables. L'ouvrage s'appuie sur des exemples concrets et des travaux de sciences sociales pour illustrer cette thèse. Bourmeau critique particulièrement certains médias élitistes, bien que leur influence réelle soit parfois questionnée. Le livre interroge aussi la notion de pluralisme, souvent galvaudée aujourd'hui, et propose une réflexion sur la manière dont les discours et les représentations médiatiques contribuent à normaliser ou à banaliser l'extrême droite. L'auteur cible des responsables médiatiques spécifiques, tout en offrant une analyse étayée des mécanismes de cette confusion.
L'ouvrage *Malbouffe. On arrête tout et on réfléchit!* de Charles Adrianssens, Marie Hégly et Paul Montjotin dénonce la *malbouffe* comme le résultat d'un système économique et non de simples mauvais choix individuels. Les auteurs s'appuient sur des données chiffrées pour montrer que 55% des Français estiment qu'il est trop cher de manger équilibré, que l'obésité a doublé en France depuis 1997 (atteignant 17% de la population adulte en 2020) et que les aliments ultratransformés représentent 31% du régime alimentaire des adultes. L'industrie alimentaire est pointée du doigt pour avoir privilégié des produits standardisés, peu coûteux et mauvais pour la santé, au détriment de la qualité nutritionnelle. Les auteurs proposent des solutions comme renforcer la souveraineté alimentaire, rendre le Nutri-Score obligatoire, développer les Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), taxer davantage les boissons sucrées et les sucres ajoutés, soutenir l'agriculture biologique et étendre la sécurité sociale de l'alimentation. Ils suggèrent même une loi Evin de l'alimentation, inspirée de la loi française anti-tabac de 1991.

