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Géopolitique

En Amazonie, le rap comme arme pour défendre les territoires autochtones

Courrier International · mis à jour 6 oct.

Face aux compagnies pétrolières, aux mines et à l’effacement progressif de leurs langues, de jeunes artistes cherchent de nouvelles manières de faire entendre les revendications de leurs communautés, raconte le média américain consacré à l’environnement “Mongabay”..

Rap et résistance autochtone

En Amazonie équatorienne, des jeunes artistes autochtones utilisent le rap en langues locales comme outil de résistance face aux menaces pesant sur leurs territoires. Willan Gualinga, alias Taki Supay, est l’un de ces rappeurs. Issu de la communauté Sarayaku, il a commencé à rapper il y a trois ans devant une dizaine de personnes, avec une grande appréhension. Aujourd’hui, il se produit devant des milliers de spectateurs, comme lors du festival Rizoma de 2026 à Puyo. Ses textes, écrits en kichwa (une langue amérindienne), dénoncent l’exploitation pétrolière illégale sur les terres de son village, une affaire qui a même été portée devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Son objectif est de créer un studio d’enregistrement dans sa communauté pour permettre aux jeunes de s’exprimer musicalement, malgré les difficultés logistiques liées à l’isolement de la jungle.

Langues en danger

En Équateur, 7,7 % des 18,4 millions d’habitants s’identifient comme autochtones, répartis en 14 nations principalement situées en Amazonie et dans les Andes. Leur survie culturelle est menacée par l’effacement progressif de leurs langues. Par exemple, la langue sápara, parlée par seulement 5 personnes de plus de 70 ans en 2026, a été reconnue par l’Unesco comme en danger critique. Pourtant, des rappeurs comme Tzitzanu, dont le nom signifie « le premier homme à enseigner la science et l’art », utilisent cette langue pour rapper des messages de résistance. Dans sa chanson Aiteka kaja pawetsa kaje (« Enracine-toi »), il dénonce les effets de l’industrie pétrolière sur son territoire, tout en célébrant la préservation de sa culture.

Mémoire et lutte

Misael Criollo, alias Misa17, est un rappeur de 19 ans issu de la communauté a’i cofán de Dureno, dans le nord de l’Amazonie équatorienne. Son oncle, Eduardo Mendúa, a été assassiné en 2023 alors qu’il s’opposait à l’arrivée des compagnies pétrolières Texaco et Petroecuador sur leur territoire. Dans sa chanson Ingi tsampi (« Notre jungle »), écrite en a’ingae (la langue de sa communauté), il exprime sa colère face à la destruction de son environnement : « Je ne veux plus voir nos rivières contaminées, notre forêt détruite, ou des maladies causées par le pétrole ». Son clip vise à sensibiliser le monde entier aux problèmes de sa communauté et à obtenir plus de soutien pour sa cause.

Menaces sur l'Amazonie

Selon l’organisation MapBiomas, relayée par le média Mongabay, 63 % des territoires autochtones de l’Amazonie sont menacés par des concessions pétrolières, auxquelles s’ajoutent les activités minières. Ces industries exploitent les ressources naturelles sans toujours respecter les droits des communautés locales, malgré les protections juridiques en place. Les rappeurs autochtones jouent un rôle clé en attirant l’attention sur ces enjeux, en utilisant leur musique comme une arme pacifique pour défendre leurs terres et leurs modes de vie. Leur combat s’inscrit dans un contexte où la survie de l’Amazonie, souvent appelée le « poumon de la Terre », est en jeu.

Ce que ça pourrait changer

Le rap permet aux jeunes autochtones de s’exprimer rapidement et efficacement sur des sujets qui leur tiennent à cœur, comme la préservation de leur environnement ou la transmission de leur langue. *Tzitzanu* explique que cette musique lui permet d’aborder « beaucoup de choses en peu de temps ». Ces artistes voient aussi dans leur art un moyen de motiver d’autres jeunes à prendre conscience des dangers qui menacent l’Amazonie et à s’engager pour sa défense. Leur musique devient ainsi un vecteur de changement, capable de toucher un public bien au-delà des frontières de leurs communautés. Leur objectif n’est pas seulement de dénoncer, mais aussi de proposer une vision positive et résiliente de leur culture.

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