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Des tonneaux montérégiens font le tour du monde

Le Devoir · mis à jour 8 sept.

À Notre-Dame-de-Stanbridge, la guerre commerciale n’a pas encore touché la Tonnellerie Moreau..

Une tonnellerie innovante

La Tonnellerie Moreau, située à Notre-Dame-de-Stanbridge en Montérégie (Québec), est une entreprise spécialisée dans la restauration et le recyclage de tonneaux en chêne, initialement utilisés pour le vieillissement du whisky ou du vin. Fondée en 2017 par Olivier Moreau, cette tonnellerie se distingue par son approche d’économie circulaire : elle ne produit pas de tonneaux neufs, mais réutilise des fûts usagés en les réparant, en les reconditionnant ou en les adaptant à de nouvelles utilisations. Par exemple, elle transforme des tonneaux ayant contenu du whisky en fûts adaptés pour le vieillissement du sirop d’érable, créant ainsi un produit unique appelé le « maple brûlé ». Cette innovation repose sur la récupération des arômes résiduels laissés par les contenus précédents, comme le whisky, pour enrichir de nouveaux produits. En 2024, l’entreprise prévoit un chiffre d’affaires de 3,5 millions de dollars, illustrant son succès commercial.

Un produit unique : le maple brûlé

Le « maple brûlé » est une création exclusive de la Tonnellerie Moreau, résultant d’un processus de caramélisation des tonneaux ayant préalablement contenu du whisky. Olivier Moreau explique que ce produit fonctionne comme un « marchand d’épices », où l’épice est en réalité l’arôme résiduel laissé par le whisky dans le bois. Le processus consiste à récupérer des tonneaux vides, à y verser du sirop d’érable, puis à caraméliser les résidus de whisky à l’intérieur du fût, à la manière d’une crème brûlée. Une fois ce traitement effectué, le tonneau est prêt à être réutilisé pour le vieillissement du whisky, conférant à ce dernier des arômes subtils et complexes. Ce produit est très recherché à l’international, notamment en Asie, où 60 % des ventes de la tonnellerie sont réalisées. Les clients, comme les distilleries de whisky ou les acériculteurs, apprécient cette méthode qui permet de recycler des matériaux tout en créant des saveurs uniques.

Marché international florissant

La Tonnellerie Moreau exporte ses tonneaux recyclés dans le monde entier, avec une forte demande en Asie (Chine, Népal, Corée, Japon), qui représente 60 % de son chiffre d’affaires. Les 40 % restants sont répartis entre le Canada (12 %), les États-Unis et l’Europe. Malgré les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis sous la présidence de Donald Trump, l’entreprise n’a pas encore subi de conséquences directes. Olivier Moreau souligne cependant un climat d’incertitude qui a pu affecter les affaires au début des années 2010. Le marché québécois, autrefois principal débouché, ne représente plus que 5 % de ses ventes, en raison des difficultés rencontrées par les vignerons locaux, notamment liées à la gestion de la Société des alcools du Québec (SAQ). L’entreprise mise donc sur l’international pour assurer sa croissance, avec 98 % de ses tonneaux issus de la réutilisation ou du recyclage.

Adaptation et services sur mesure

La Tonnellerie Moreau propose des services de reconditionnement et de modification des tonneaux pour répondre aux besoins spécifiques de ses clients. Par exemple, elle peut réduire la taille des fûts pour les adapter à des productions de plus petite échelle, ou encore effectuer des opérations comme le grattage ou le rabotage interne de la surface intérieure du bois pour enlever les couches d’arômes précédents et préparer le tonneau à un nouveau vieillissement. Les vignerons québécois, par exemple, préfèrent souvent les tonneaux recyclés aux tonneaux neufs, car ces derniers ont un arôme boisé trop prononcé pour certains vins. La tonnellerie vend également des tonneaux ayant contenu d’autres types de vin (rouge ou blanc) et adapte ses services en fonction du produit final souhaité. Par exemple, il est possible de faire vieillir du vin rouge dans un tonneau ayant contenu du vin blanc, mais l’inverse est déconseillé en raison des risques de contamination des arômes.

Ce que ça pourrait changer

Olivier Moreau, fondateur de la Tonnellerie Moreau, n’a pas toujours été dans le domaine de la tonnellerie. Il a d’abord travaillé dans une **microbrasserie**, où il a découvert l’utilisation des tonneaux pour le vieillissement de la bière. Cette expérience l’a conduit à se spécialiser dans la récupération et la restauration de fûts usagés. Au cours de sa première année d’activité, il a vendu sept conteneurs de tonneaux, puis a doublé ce chiffre la deuxième année. Aujourd’hui, son entreprise est en plein essor, avec un chiffre d’affaires annuel de 3,5 millions de dollars. Son parcours illustre comment une niche économique, comme le recyclage de tonneaux, peut devenir un secteur viable et innovant, même dans un contexte de concurrence internationale. La tonnellerie continue d’investir dans de nouveaux équipements pour diversifier ses offres et répondre à une demande constante à l’échelle mondiale.

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