La Montérégie veut renforcer l’accès de ses organismes à des aliments locaux et sains
Une centaine d'organismes profiteront d'une stratégie collective en alimentation dans la région..
En Montérégie, une région du Québec surnommée le garde-manger de la province en raison de ses terres agricoles, un collectif de près de 120 organismes (associations, entreprises d'économie sociale, banques alimentaires, etc.) a adopté un Plan d'action collectif 2026-2029 en alimentation. Ce plan vise à améliorer l'accès à des aliments locaux et sains pour les populations précaires, tout en réduisant le gaspillage alimentaire. Il a été élaboré à la suite d'une concertation lancée en 2024 par Isabelle Poulet, députée provinciale de Laporte. L'objectif est triple : mutualiser les ressources, revaloriser les surplus agricoles et renforcer la résilience du système alimentaire local. Ce projet est coordonné par le Pôle d'économie sociale de l'agglomération de Longueuil, dirigé par David Miljour.
Un des axes majeurs du plan consiste à mutualiser les ressources entre les organismes pour optimiser leur approvisionnement. Par exemple, des cuisines collectives ou des maisons d'hébergement pourront partager des entrepôts, des réfrigérateurs ou des congélateurs, réduisant ainsi les coûts logistiques. Cette approche est particulièrement utile pour des organisations aux moyens limités, dispersées sur un vaste territoire allant de Sorel-Tracy à Salaberry-de-Valleyfield. La mutualisation permet aussi de combiner des collectes de produits alimentaires sur l'ensemble de la région, ce qui facilite l'accès à une plus grande variété d'aliments. David Miljour souligne que cette stratégie vise à créer des circuits courts, c'est-à-dire des liens directs entre producteurs et consommateurs, ce qui est bénéfique à la fois pour l'environnement et pour la rentabilité des entreprises d'économie sociale.
Le plan cible spécifiquement les surplus agricoles, c'est-à-dire les produits qui ne sont pas vendus en épicerie pour des raisons esthétiques (taille, forme, etc.) mais qui restent comestibles. Par exemple, les Jardins de la Résistance, une coopérative agricole biologique de Huntingdon, produit environ 350 paniers de légumes par semaine, avec seulement 5 % de pertes. Ces surplus sont actuellement offerts gratuitement à des organismes comme les Complices Alimentaires, qui les transforment (découpage, blanchiment, congélation) et les redistribuent à prix social (payez ce que vous pouvez) via des congélateurs répartis dans la région. L'objectif initial est de revaloriser environ 45 tonnes de surplus par an, un chiffre qui devrait augmenter avec le temps. Contrairement au glanage (récolte de produits abandonnés après la récolte), cette stratégie vise à créer une entreprise d'économie sociale rémunératrice pour les agriculteurs.
En regroupant les commandes de plusieurs organismes, le plan permet d'augmenter leur pouvoir d'achat auprès des producteurs locaux. Par exemple, David Miljour indique que le coût pour cuisiner des plats a augmenté de près de 50 % en cinq ans, ce qui pèse sur les budgets des organismes communautaires. En achetant en volume, ces derniers pourront négocier des prix plus avantageux, atténuant ainsi l'impact de l'inflation. Cette approche favorise aussi la rentabilité des entreprises d'économie sociale, qui peuvent ainsi mieux rémunérer les agriculteurs pour leurs produits déclassés. Le plan prévoit également 17 mesures d'ici 2029, incluant des aspects de financement et de commercialisation, pour consolider ce modèle économique.
Malgré le statut de *garde-manger* de la Montérégie, l'accès à des aliments locaux et frais reste inégal dans certaines zones. Par exemple, dans la **MRC du Haut-Saint-Laurent**, où se trouve Huntingdon, les habitants doivent souvent se tourner vers des supermarchés dont les prix sont élevés, faute de petites fruiteries locales. Olivier Lamoureux, agriculteur aux Jardins de la Résistance, explique que cette situation s'explique par des distances importantes et un manque d'infrastructures commerciales accessibles. Le plan d'action vise donc à combler ces lacunes en créant des partenariats entre producteurs, transformateurs et distributeurs, pour rendre les aliments locaux plus accessibles et abordables, notamment pour les populations précaires.

