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Généraliste

Le coup de griffe n’est pas sans risque en campagne électorale

Le Devoir · mis à jour il y a 4 j

Politiciens, lâchez le cynisme et les attaques ciblées, faites-nous plutôt rêver avec vos idées!.

Campagne électorale actuelle

La campagne électorale en cours au Québec est marquée par des attaques personnelles et des critiques virulentes entre les chefs des partis politiques. Par exemple, Christine Fréchette, cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), a été accusée par ses adversaires de mener une pièce de théâtre, d’utiliser l’épouvantail Trump pour semer la peur, ou encore de réaliser une opération marketing et une campagne de diversion. Ces attaques, souvent qualifiées de coups de griffe, visent à discréditer l’adversaire plutôt qu’à débattre de ses idées. Elles illustrent une tendance où les politiciens privilégient l’affrontement personnel à la discussion programmatique. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où les citoyens sont déjà méfiants envers les institutions politiques, comme le montrent les données citées dans l’article.

Confiance des citoyens

La confiance des Québécois envers les politiciens et les partis politiques est en forte baisse. Selon un sondage réalisé par la Chaire de recherche sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec, seuls 16 % des citoyens déclarent avoir une confiance élevée envers les partis ou les politiciens. Ces chiffres s’ajoutent à ceux d’un sondage de l’Institut du Nouveau Monde en 2019, qui révélait que 19 % des Québécois se reconnaissaient dans leurs décideurs politiques. Parmi eux, 25 % faisaient confiance aux politiciens pour changer les choses, tandis que 38 % pensaient que leur vote ne changerait rien et que 48 % estimaient que tous les partis se ressemblaient. Cette défiance généralisée s’explique en partie par la multiplication des attaques personnelles et des critiques stériles entre les candidats, qui alimentent un sentiment de cynisme et de résignation chez les électeurs.

Effets de la négativité

La négativité en politique, qu’elle prenne la forme d’attaques politiques, personnelles ou d’insultes, attire davantage l’attention que les discours positifs. Cependant, cette stratégie ne garantit pas une meilleure persuasion ou une augmentation de la participation électorale. Elle contribue plutôt à polariser l’opinion publique et à renforcer le cynisme. Les auteurs distinguent trois niveaux de négativité : l’attaque politique, qui discrédite la stratégie d’un adversaire (par exemple, accuser un parti de miser sur la peur) ; l’attaque personnelle, qui mine la crédibilité d’une personne (comme qualifier un adversaire de vivant dans un monde imaginaire) ; et l’insulte, qui dévalorise une personne plutôt que de contester ses idées. Ces pratiques risquent de banaliser une politique de l’insulte, similaire à celle observée aux États-Unis, et de décourager les électeurs de s’intéresser à la politique.

Boucle du cynisme

La répétition des attaques et des critiques entre les partis politiques peut enfermer les citoyens dans une boucle du cynisme. Cette dynamique se traduit par des raisonnements du type : ils sont tous pareils, donc rien ne changera, donc pourquoi voter ? ou ils ne sont pas tous pareils, donc l’autre est pire, donc votez contre lui. Cette logique alimente un sentiment d’impuissance et de défiance envers le système politique. Les auteurs soulignent que la négativité, bien qu’elle puisse capter l’attention, ne suffit pas à convaincre ou à mobiliser. Elle risque au contraire de renforcer la méfiance et de décourager la participation électorale, alors que les partis politiques figurent parmi les institutions les moins bien cotées par les citoyens.

Alternatives au cynisme

Pour contrer cette spirale de négativité, les auteurs proposent de s’inspirer de la rhétorique de Barack Obama lors de sa campagne présidentielle en 2008. Contrairement à une approche purement positive, Obama a utilisé un discours qui reconnaissait l’insatisfaction des citoyens tout en les incitant à agir. Son slogan Hope (Espoir) et ses discours appelaient à vaincre la politique de la peur et du cynisme, en transformant l’insatisfaction en une capacité collective d’agir. Obama a ainsi montré qu’il était possible de partir d’un constat négatif (perte de confiance) pour proposer une vision mobilisatrice. Les auteurs suggèrent que les leaders politiques québécois pourraient adopter une approche similaire, en proposant des projets inspirants plutôt que de se contenter de critiquer leurs adversaires, afin de redonner confiance aux citoyens dans l’action politique.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs plaident pour que les leaders politiques québécois adoptent une posture différente, en proposant des visions inspirantes plutôt que des attaques personnelles. Ils soulignent que la politique ne devrait pas se réduire à une succession d’affrontements stériles, mais plutôt à un débat d’idées permettant de construire un avenir commun. Les attaques contre les adversaires, comme celles visant les immigrants ou d’autres groupes, ne peuvent servir de base à un projet de société partagé. Les auteurs appellent à une refonte du discours politique, où les leaders s’attacheraient à montrer pourquoi les citoyens devraient croire en l’action collective, plutôt que de se concentrer sur ce qui les divise. L’objectif est de redonner du sens à la politique et d’encourager la participation électorale en proposant des raisons d’espérer plutôt que des motifs de méfiance.

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