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Langage : les primates ont leur propre grammaire, plus proche de celle des humains qu’on ne le pensait

Science & Vie · mis à jour 6 oct.

Trois espèces de primates produiraient des séquences vocales suivant des règles grammaticales complexes. Cette capacité, jusqu'ici attribuée à l'humain seul, bousculerait la frontière entre communication animale et langage..

Les primates et la grammaire

Une étude récente révèle que les primates, comme les grands singes, possèdent une forme de grammaire dans leur communication, bien plus structurée qu’on ne le pensait jusqu’à présent. La grammaire désigne ici la capacité à organiser des sons ou des gestes selon des règles précises, un peu comme nous construisons des phrases en combinant des mots. Les chercheurs ont analysé des séquences de cris, de gestes ou de combinaisons sonores chez plusieurs espèces de primates, dont les chimpanzés et les bonobos. Leurs travaux montrent que ces animaux ne se contentent pas d’émettre des sons isolés, mais qu’ils suivent des règles de combinaison, similaires à celles observées dans certaines langues humaines. Par exemple, l’ordre des éléments dans un cri ou un geste peut changer le sens du message, tout comme l’ordre des mots dans une phrase modifie sa signification. Cette découverte suggère que la capacité à structurer un langage n’est pas exclusive aux humains, mais qu’elle pourrait avoir des racines évolutives communes avec nos plus proches cousins du règne animal.

Comparaison avec le langage humain

Les scientifiques ont comparé les structures grammaticales observées chez les primates avec celles des langues humaines. Ils ont notamment étudié la façon dont les singes combinent des sons ou des gestes pour transmettre des informations complexes, comme l’identification d’un prédateur ou la localisation d’une source de nourriture. Les résultats indiquent que certaines séquences sonores ou gestuelles suivent des règles de syntaxe, c’est-à-dire des principes d’organisation qui rappellent ceux des langues humaines. Par exemple, un cri spécifique peut être combiné à un autre pour préciser un danger, de la même manière qu’un adjectif modifie un nom dans une phrase. Cette proximité suggère que les humains et les primates partagent des mécanismes cognitifs similaires pour structurer la communication, même si les langues humaines sont bien plus complexes. Ces travaux pourraient aider à mieux comprendre l’évolution du langage chez l’être humain, en remontant à ses origines animales.

Méthodes d’étude des primates

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé des méthodes d’observation et d’analyse sophistiquées. Ils ont notamment enregistré et décrypté des milliers de séquences sonores et gestuelles chez des primates en milieu naturel ou en captivité, comme ceux du projet PanAf (Pan African Programme: The Cultured Chimpanzee), qui étudie les chimpanzés en Afrique. Les scientifiques ont ensuite utilisé des outils d’analyse statistique pour identifier des motifs récurrents dans ces séquences, révélant des règles de combinaison. Par exemple, ils ont remarqué que certains cris étaient toujours suivis d’autres sons spécifiques, créant ainsi des

Implications pour l’évolution

Cette découverte a des implications majeures pour comprendre l’évolution du langage chez l’être humain. Elle suggère que la capacité à structurer un message selon des règles grammaticales n’est pas apparue brusquement avec l’Homme moderne, mais qu’elle s’est développée progressivement au fil de l’évolution. Les primates, nos plus proches parents sur le plan génétique, partagent avec nous cette aptitude à organiser des sons ou des gestes de manière significative. Cela remet en question l’idée que le langage humain serait une exception totale dans le règne animal. Les chercheurs estiment que ces structures grammaticales primitives pourraient représenter une étape clé dans l’évolution des systèmes de communication complexes, menant finalement aux langues humaines. Ces travaux ouvrent également de nouvelles pistes pour étudier comment le cerveau des primates traite et produit ces séquences structurées, en comparant avec les mécanismes cérébraux humains.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ces avancées, les scientifiques soulignent que les grammaires des primates restent bien moins complexes que celles des langues humaines. Par exemple, les singes ne semblent pas capables de combiner des phrases entières ou d’utiliser des temps grammaticaux comme le passé ou le futur. Leurs structures restent limitées à des séquences courtes et contextuelles. Les chercheurs prévoient désormais d’approfondir ces études en analysant d’autres espèces de primates, comme les orangs-outans ou les gorilles, pour voir si ces capacités grammaticales sont répandues dans tout le groupe. Ils souhaitent également explorer comment ces règles de combinaison sont apprises par les jeunes primates, en observant leur développement dans des groupes sociaux. Ces recherches pourraient révéler si ces structures sont innées ou acquises par l’apprentissage, un débat central en sciences cognitives. Enfin, des comparaisons avec d’autres animaux, comme les dauphins ou les perroquets, pourraient élargir notre compréhension des origines du langage dans le règne animal.

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