L’Afrique de l’Ouest et centrale, nouveaux foyers pour la production de drogue
Nouvelles routes, nouvelles substances, laboratoires clandestins de production de drogues de synthèse… Le narcotrafic se reconfigure sur le continent africain, tandis que la demande des usagers s’accroît..
L’Afrique de l’Ouest et centrale est devenue une zone clé pour le transit de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud vers l’Europe. Les pays côtiers de cette région, comme le Sénégal ou la Sierra Leone, servent désormais de plateformes majeures pour le trafic. Les saisies de drogue y sont fréquentes : en juin 2024, les douanes sénégalaises ont intercepté 970,6 kilogrammes de cocaïne à Ida Mouride et 92 kilogrammes à Keur Massar, près de Dakar. En mai 2024, la garde civile espagnole a saisi 30,2 tonnes de cocaïne à bord d’un cargo en provenance de la Sierra Leone, au large des îles Canaries. Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène et la transformation de l’Afrique de l’Ouest en un carrefour incontournable pour les trafiquants.
Selon le rapport 2026 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’Afrique de l’Ouest et centrale ne se limite plus à un rôle de transit. Plusieurs pays de la région abritent désormais des sites de production de drogue, notamment des laboratoires clandestins de méthamphétamine au Nigeria. Ces installations, parfois de qualité quasi industrielle, produisent des substances destinées à la consommation locale ou à l’exportation. Le Cameroun illustre cette évolution avec une saisie record de plus d’une tonne de cocaïne à Douala en février 2024. Le rapport souligne également la production croissante d’opioïdes pharmaceutiques, comme le tramadol et la codéine, détournés de leur usage médical.
La consommation de drogues de synthèse, comme la méthamphétamine, l’ecstasy ou les nitazènes, progresse rapidement en Afrique de l’Ouest et centrale. Ces substances, souvent moins chères et plus puissantes que les drogues traditionnelles, posent un défi majeur en matière de santé publique et de répression. Par exemple, au Sénégal, une drogue locale appelée khouche ou pouf se vend environ 500 francs CFA (soit 0,80 €) mais est extrêmement puissante, entraînant des cas fréquents d’overdose. Entre 2020 et 2024, 97 % des saisies mondiales de tramadol et 55 % de celles de codéine ont eu lieu en Afrique, confirmant l’ampleur du phénomène. Les autorités locales peinent à suivre l’évolution des noms et des compositions de ces produits.
La prolifération des drogues de synthèse et des opioïdes détournés complique la lutte contre le trafic et la prévention. Le cannabis reste la substance la plus consommée, mais les nouvelles drogues, souvent plus dangereuses, nécessitent une adaptation des stratégies de répression. Au Sénégal, le coordinateur national du Comité interministériel de lutte contre la drogue (Cild), Idrissa Cissé, souligne que les routes traditionnelles (cocaïne, héroïne) sont mieux maîtrisées, contrairement aux drogues de synthèse, qualifiées de « mer à boire ». Une enquête est en cours pour évaluer la prévalence de ces substances au Sénégal. Ces défis s’ajoutent aux problèmes de santé publique, avec des cas d’overdose en augmentation.
Plusieurs acteurs interviennent dans la lutte contre le trafic et la production de drogue en Afrique de l’Ouest. L’**ONUDC**, dirigé par François Patuel, joue un rôle central dans l’analyse des tendances et la publication de rapports, comme celui de 2026. Les autorités locales, comme le Cild au Sénégal, sont en première ligne pour la répression et la prévention. Les douanes et les forces de l’ordre, comme la garde civile espagnole, collaborent également pour intercepter les cargaisons. Cependant, la complexité des nouvelles routes et la production locale rendent leur tâche difficile, notamment face à des laboratoires clandestins de plus en plus sophistiqués.

