Mais comment écrivent-ils, nos écrivains ?
Au Québec, les auteurs utilisent l’ordinateur, un peu l’intelligence artificielle, et le papier autant que la plume..
Au Québec, les auteurs utilisent une combinaison d'outils pour écrire, allant du traditionnel au moderne. Certains privilégient l'ordinateur, comme Mélikah Abdelmoumen qui n'écrit plus à la main, trouvant ce processus trop lent et peu esthétique. D'autres, comme Audrée Wilhelmy, utilisent à la fois l'ordinateur (logiciels comme Word, Scrivener et Antidote) et des carnets, combinant ainsi la rapidité numérique avec le plaisir sensoriel de l'écriture manuscrite. Éric Chacour, quant à lui, écrit souvent sur son téléphone, accumulant des milliers de notes depuis qu'il utilise cet appareil. L'intelligence artificielle (IA) est également mentionnée comme un outil complémentaire, notamment pour la révision ou l'inspiration, bien que son usage ne soit pas systématique. Les auteurs soulignent que chaque outil a ses avantages : l'ordinateur pour la rapidité et la réorganisation, le papier pour l'observation des répétitions et des cadences, et le téléphone pour la spontanéité.
Les écrivains québécois suivent souvent des rituels stricts pour entrer dans un état de création optimal. Mélikah Abdelmoumen commence sa journée par une lecture, suivie d'une session d'écriture avec un café au lait, avant de poursuivre son travail en marchant ou en conduisant, une phase qu'elle appelle phase éponge pour absorber et observer le monde. Anaïs Barbeau-Lavalette, en résidence en Suède, écrit tôt le matin dans un cadre solitaire, comme un chalet ou un parc, avec une bougie pour créer une ambiance propice. Audrée Wilhelmy, elle, écrit sans interruption de 5 heures à 13 heures, puis s'adonne à des activités physiques pour laisser son esprit assimiler les idées. Éric Chacour, de son côté, écoute des musiques instrumentales, souvent des œuvres de compositeurs de cinéma comme Ludovico Einaudi, pour visualiser les scènes à écrire. Ces rituels varient selon les personnalités, mais tous visent à structurer le temps et l'espace pour favoriser la concentration et la créativité.
L'écriture manuscrite conserve une place importante pour certains auteurs, malgré l'essor des outils numériques. Audrée Wilhelmy, par exemple, recopie ses textes dans des carnets après les avoir tapés à l'ordinateur, appréciant le plaisir sensoriel et la possibilité de mieux repérer les répétitions ou les cadences dans son texte. Elle utilise des carnets de marque Moleskine ou des papiers coûteux, et mélange même ses propres encres pour personnaliser son expérience. Marie-Hélène Voyer, autrice de Expo habitat et Précieux sang, écrit dans des carnets bon marché avec des feuilles lignées pour rester concentrée. Elle décrit l'écriture manuscrite comme un outil de présence, qui l'oblige à être plus vigilante. À l'inverse, Mélikah Abdelmoumen a abandonné l'écriture à la main, la jugeant trop lente et peu esthétique, et privilégie désormais l'ordinateur pour sa rapidité et son efficacité.
Les auteurs québécois adoptent des méthodes variées pour stimuler leur créativité et réviser leurs textes. Mélikah Abdelmoumen décrit son processus comme une recherche constante, où elle observe le monde en marchant ou en conduisant pour nourrir son écriture. Anaïs Barbeau-Lavalette, elle, marche littéralement son manuscrit en imprimant les pages et en les disposant par terre, puis en les déplaçant comme des roches pour en visualiser la structure. Marie-Hélène Voyer, quant à elle, limite ses notes à 13 pages par section de livre et utilise des listes et des lexiques pour organiser ses idées. Éric Chacour récite systématiquement ses phrases à voix haute pour s'assurer qu'elles glissent bien à l'oreille, un critère qu'il juge essentiel pour la qualité d'un texte. Ces méthodes reflètent une approche à la fois intuitive et méthodique, où l'observation et la révision jouent un rôle central.
Les auteurs québécois utilisent une grande variété de supports pour écrire, allant des carnets aux écrans en passant par les téléphones. Audrée Wilhelmy alterne entre ordinateur et carnets, recopiant ses textes pour en apprécier l'esthétique et la fluidité. Elle utilise également des stylos-plume avec des encres de couleurs différentes, mélangeant parfois les teintes pour un résultat personnalisé. Marie-Hélène Voyer, elle, écrit dans des carnets bon marché avec des feuilles lignées pour éviter de se perdre. Jean-Christophe Réhel, quant à lui, accumule des milliers de notes sur son téléphone depuis qu'il utilise cet appareil. Certains auteurs, comme Anaïs Barbeau-Lavalette, écrivent aussi sur des morceaux de papier ou des enveloppes déchirées, comme le suggère la poète Marie-Hélène Voyer dans sa phrase *Watchez-nous ben écrire dans du temps inventé, sur le coin collant de nos tables de cuisine, sur des bouts d’enveloppes déchirées*. Cette diversité de supports illustre la flexibilité et l'adaptabilité des écrivains dans leur processus créatif.

