Les 400 ans de la Marine nationale : un anniversaire amnésique ? Du Levant au Ponant, les origines oubliées de la flotte française
La Marine nationale fête ses 400 ans en 2026. Mais les bases de la Marine que nous connaissons n’ont-elles pas été posées avant la signature de l’édit de Saint-Germain par Richelieu en 1626 ? Pour comprendre son histoire, il faut revenir sur la naissance, au XVIᵉ siècle, des marines du Levant et du Ponant..
Avant le XVIe siècle, le terme Marine désignait de manière vague les navires naviguant en mer ou les espèces marines. Les forces navales étaient alors appelées flottes ou navires du roi. Ces termes regroupaient des navires armés temporairement pour des conflits, sans structure permanente. Par exemple, les navires étaient réquisitionnés auprès de propriétaires privés selon les besoins. Cette organisation reflétait une approche opportuniste, où la puissance navale dépendait des circonstances plutôt que d’une institution stable. Les opérations maritimes étaient donc ponctuelles et liées à des alliances ou des conflits spécifiques, sans vision stratégique à long terme.
Sous le règne de François Ier (1515-1547), la France organise ses côtes en deux grandes zones : le Levant (Méditerranée) et le Ponant (Manche et Atlantique). Ces deux régions deviennent les bases de deux administrations navales distinctes, chargées de gérer les opérations maritimes dans leur zone respective. Cette division permet de dépasser les anciennes limites féodales et de structurer une réponse navale plus cohérente. Par exemple, Marseille et Toulon deviennent des ports clés pour le Levant, tandis que Nantes et Brest se développent pour le Ponant. Cette organisation marque le début d’une institutionnalisation des forces navales françaises.
L’un des changements majeurs sous François Ier est la création de ports permanents dédiés à la marine. En 1517, le port du Havre est fondé pour servir de base principale à la flotte, permettant d’armer et d’entretenir les navires toute l’année. D’autres ports comme Brest, Nantes, Marseille et Toulon sont renforcés ou adaptés pour accueillir des escadres. Par exemple, Brest devient un point de rassemblement pour les navires, tandis que Nantes abrite une escadre de galères. Ces bases permettent de maintenir des forces navales prêtes à intervenir rapidement, réduisant la dépendance aux réquisitions de navires privés.
Avec l’institutionnalisation des marines du Levant et du Ponant, un corps de professionnels de la marine commence à se former. Des officiers royaux, comme Jacques Cartier et Roberval, sont nommés capitaines de ces marines. Des experts étrangers, comme des cartographes portugais ou des capitaines italiens, sont recrutés pour renforcer les compétences locales. Un système de rémunération trimestrielle est mis en place pour les officiers, et des mécanismes de parrainage permettent de former une élite navale. Par exemple, des magasins sont loués ou achetés dans les ports pour ravitailler les flottes, montrant une logistique en développement.
Les nouvelles marines jouent un rôle clé dans la diplomatie et la stratégie militaire de la France. Sous François Ier, des expéditions comme celles de Jacques Cartier vers l’Amérique s’inscrivent dans une politique d’expansion et de projection de puissance. En 1545, une opération majeure est menée contre l’Angleterre, démontrant la capacité de la France à projeter une flotte sur de longues distances. Parallèlement, une réflexion est menée sur l’armement et la tactique navale, avec des projets comme la construction du navire La Grande Françoise au Havre, bien que ce dernier échoue en raison de sa taille excessive.
Les marines du Levant et du Ponant forment les premières structures professionnelles de la marine française, avec une bicéphalie persistante aujourd’hui entre Brest et Toulon. Cependant, les guerres de Religion (à partir de 1560) affaiblissent cette dynamique, en raison du délitement de l’État. Cette période montre la fragilité des institutions navales naissantes, dépendantes du pouvoir central. Il faudra attendre Colbert, au XVIIe siècle, pour voir une unification de ces marines sous une seule autorité, marquant une nouvelle étape dans l’histoire navale française.

