Les 400 ans de la Marine nationale : un anniversaire amnésique ? Du Levant au Ponant, les origines oubliées de la flotte française
En célébrant en 2026 les 400 ans de la Marine nationale à partir de l’édit de Richelieu de 1626, la France oublie un siècle d’histoire navale bien plus fondateur. Entre les années 1520 et le milieu du XVIe siècle, les marines du Levant et du Ponant ont structuré une force navale permanente, professionnelle et stratégique, posant les bases institutionnelles et opérationnelles d’une marine d’État. Cet anniversaire amnésique interroge : comment une institution aussi ancienne a-t-elle pu effacer ses origines, et que révèle cette omission sur la construction des récits nationaux ?
Pourquoi l’édit de Richelieu de 1626 n’est-il pas l’acte fondateur exclusif de la Marine française selon l’article ?
L’édit de 1626 marque une étape décisive dans l’unification institutionnelle de la Marine, mais il s’appuie sur une dynamique amorcée un siècle plus tôt, sous François Ier. Dès les années 1520, les marines du Levant et du Ponant ont institutionnalisé une force navale permanente, avec des ports militaires, des corps professionnels et une planification stratégique, éléments absents des flottes médiévales temporaires.
Quels sont les trois éléments constitutifs d’une force navale permanente apparus sous François Ier ?
La permanence à l’année d’une force navale, l’existence de bases et de ports relais dédiés (comme Le Havre, Brest ou Marseille), et la création d’un corps de professionnels spécialisés (officiers, marins, experts étrangers) payés et formés de manière systématique. Ces trois piliers distinguent une marine d’État d’une flotte occasionnelle.
Quel rôle ont joué les marines du Levant et du Ponant dans la diplomatie française du XVIe siècle ?
Ces marines ont servi d’outil de projection de puissance, permettant des opérations conjointes de la Méditerranée jusqu’à l’Écosse, comme la campagne de 1545 contre l’Angleterre. Elles ont aussi soutenu les expéditions vers l’Amérique (Cartier, Roberval), intégrant la dimension navale dans la stratégie globale de François Ier.
Pourquoi la dynamique des marines du XVIe siècle a-t-elle échoué à se pérenniser ?
Les guerres de Religion et le délitement de l’État à partir des années 1560 ont affaibli structurellement ces marines, malgré leur modernité institutionnelle. Leur bicéphalité (Levant/Ponant) a finalement été supplantée par une marine unifiée sous Colbert, marquant la fin de cette première tentative de professionnalisation navale.
Ce que ça pourrait changer
Cette réévaluation des origines de la Marine nationale invite à questionner la manière dont les récits historiques institutionnels sont construits et transmis. Elle souligne aussi l’importance de repenser la planification navale actuelle à l’aune des défis structurels rencontrés dès le XVIe siècle : permanence, professionnalisation et projection de puissance. Enfin, elle rappelle que les périodes de crise (guerres de Religion, aujourd’hui tensions géopolitiques) peuvent fragiliser des institutions pourtant innovantes.

