Le régime iranien va-t-il perdre son influence sur l’Irak ?
L’ESSENTIEL L’escalade iranienne au Moyen-Orient fragilise les milices chiites irakiennes proches de Téhéran. Des figures chiites de premier plan dénoncent l’implication de l’Irak dans la guerre et l’influence iranienne.
Depuis juillet 2026, l’Iran mène une phase offensive dans la guerre qui l’oppose à une coalition dirigée par les États-Unis et Israël. Cette escalade inclut des frappes sur des infrastructures énergétiques saoudiennes, notamment un oléoduc stratégique, réalisées depuis le territoire irakien par des milices pro-iraniennes. Ces actions ont provoqué une crise politique en Irak, où des figures chiites influentes remettent en cause l’influence iranienne. L’Iran, malgré des succès apparents comme le blocage du détroit d’Ormuz ou la coordination avec les houthistes au Yémen, voit son image se dégrader au sein de l’arc chiite, notamment en Irak. Cette stratégie coûteuse politiquement pourrait affaiblir sa position dans la région à long terme.
Les milices chiites irakiennes, regroupées sous le nom de Hachd al-Chaabi (créées en 2014 pour combattre Daech avec le soutien de l’Iran), sont désormais au cœur d’un conflit interne. Le gouvernement irakien, dominé par des partis chiites mais soucieux de souveraineté, a lancé en juin 2026 un ultimatum exigeant leur désarmement ou leur intégration à l’État irakien d’ici septembre 2027. Plusieurs milices, comme la Saraya-al Salam (dirigée par Moqtada Sadr) ou l’Asaïb Ahl al-Haq, ont déjà commencé à obéir, démontrant une perte d’influence iranienne. Cette division s’explique par la volonté de Bagdad de limiter les ingérences iraniennes et de renforcer l’État, avec le soutien de l’ayatollah Ali al-Sistani, figure religieuse chiite majeure en Irak.
La population chiite irakienne, traditionnellement proche de l’Iran, montre des signes de rejet croissant de l’escalade militaire impulsée par Téhéran. Des leaders chiites populaires, comme Moqtada Sadr, dénoncent publiquement les milices pro-iraniennes, les accusant de corrompre l’Irak et de le plonger dans des conflits stériles. Dans un tweet du 30 juillet 2026, Sadr a critiqué les milices pour leurs agissements « effrontés », soulignant que leurs actions causent des victimes parmi les forces de sécurité irakiennes tout en protégeant leurs dirigeants. Ce discours nationaliste, renforcé par les frappes saoudiennes en représailles, fragilise l’assise populaire des milices pro-iraniennes et pousse l’Irak à affirmer sa souveraineté.
L’escalade iranienne en Irak, bien que tactiquement réussie sur le plan militaire, pourrait affaiblir durablement son influence dans la région. Les milices chiites irakiennes, autrefois pilier de l’axe de la résistance (alliance de groupes pro-iraniens au Moyen-Orient), se divisent entre loyauté envers Téhéran et intégration à l’État irakien. Cette dynamique, si elle se généralise, pourrait réduire la capacité de l’Iran à déstabiliser ses voisins via ses proxys. Par ailleurs, l’Iran perd son soft power religieux au profit de figures chiites irakiennes autonomes, comme al-Sistani, dont l’autorité religieuse concurrence celle des Gardiens de la révolution iraniens, désormais dominés par une logique militaire.
L’Irak pourrait sortir renforcé de cette crise si le gouvernement parvient à désarmer ou intégrer les milices pro-iraniennes. Le nationalisme irakien, réveillé par les ingérences iraniennes, et la légitimité des élites religieuses locales favorisent cette transition. Une stabilisation de l’Irak, couplée à une réduction des tensions avec les monarchies du Golfe, pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région, comme le Liban, où le Hezbollah (proche de l’Iran) est aussi critiqué pour son rôle dans les conflits locaux. Cette évolution dépendra de la capacité de Bagdad à maintenir son autorité face aux milices récalcitrantes et à éviter une nouvelle fragmentation du pays.

